L’ancienne chef de service d’urologie de Saint-Philibert envoie Charlie Hebdo devant le juge. Une grande bourgeoise contre un canard raté, ça donne un débat houleux sur l’excision. Au tribunal de Lille le 20 novembre (le procès a été renvoyé au jeudi 12 février 2009, à 14h au TGI de Lille).


• En janvier dernier, un lecteur a posté sur notre ancien blog une lettre écrite en 2004 par Gérard Zwang à l’attention de Brigitte Mauroy (disponible ici). Ce sexologue y critique en quatre points l’article « vulve », rédigé dans le Dictionnaire de la sexualité humaine (Esprit du temps, 2004) par l’urologue lilloise, anatomiste et… nièce de Pierre Mauroy. Dans cette lettre, Brigitte Mauroy est taxée de cautionner « des racontars ”hors d’âge” et donc la légitimation de la ”rectification clitoridienne” de millions de fillettes massacrées ». En d’autres termes, l’excision. Zwang consacre un long paragraphe pour réfuter l’affirmation de Brigitte Mauroy sur le capuchon du clitoris, le prépuce, selon elle, plus long chez certaines Asiatiques ou Africaines. « Plus long », ce qui ferait procéder à une « circoncision ».

 

L’ouverture huygho-sarkozyste

Outre écrire des articles et inspecter des verges au cystoscope, Brigitte Mauroy fait aussi de la politique. A gauche, normalement. A la fin 2007, elle annonce son ralliement à la campagne électorale de Sébastien Huyghe, opposant UMP à la mairie de Lille (souvenez-vous, celui qui voulait vivre son rêve campagnard à Lille, ndlr). L’UMP : le clan, la famille, la patrie de ce fameux Docteur Zwang… Ce revirement politicien et opportuniste de Mme Mauroy a provoqué une sorte de « buzz » numérique autour de la lettre. Mais la Grande Presse n’a pas réagi tout de suite. Le problème pouvait paraître peu rentable.

 

Du « buzz » à la Grande Presse

Finalement, c’est Charlie Hebdo qui reprend l’info le 5 mars suivant, dans un article signé par Antonio Fischetti (voir ici en milieu de page). Et c’est évidemment ce dernier qui est attaqué pour diffamation par Brigitte Mauroy – le journal a par ailleurs refusé à cette dernière un droit de réponse. M. Fischetti était prévenu lorsqu’il écrivait dans son papier : « Je m’adresse ensuite à Brigitte Mauroy […] qui m’accueille par des tentatives d’intimidation : ” J’ai confié ça à mon avocat et je ne laisserai pas cette attaque prospérer. ” » La phrase du journaliste qui lui vaut un procès semble être celle-ci : « […] Brigitte Mauroy se rend complice de mutilation sexuelle. »

 

Contre-attaque « éclair »

Le lendemain de la parution de l’article de M. Fischetti, Nord Éclair sort des rangs pour porter secours à Mme Mauroy : « Brigitte Mauroy, victime d’un mauvais procès ? » (Voir ici) On sait ce qu’elle représente à Lille. Ancienne chef de service d’urologie pour le Groupe hospitalier catholique. Nièce de Pierre Mauroy. Il s’agissait de ne pas déraper. Dr Mauroy, légitimant l’excision ? « Difficile à croire », répond le quotidien nordiste, « c’est vraiment difficile de la soupçonner de légitimer l’excision… »

Heureusement que les journalistes se sont « procuré les fameux chapitres écrits par Brigitte Mauroy, des textes très pointus du point de vue médical. » Et donc peu à la portée de scribes dociles, réfléchissant en mode binaire.  Pour contredire tout d’abord le Dr Zwang puis M. Fischetti, Nord Éclair trouve une parade : si Brigitte Mauroy dit qu’elle condamne l’excision, c’est qu’elle ne peut pas la légitimer, c’est simple comme bonjour ! Mode binaire, donc. Pour le quotidien, accuser Mme Mauroy de la sorte, c’est aussi l’accuser de « schizophrénie », puisque, « en 2006, la candidate UMP à Lille co-organisait un colloque sur les mutilations sexuelles. » Simplement binaire. Aussi les journalistes s’appuient-ils sur le Dr Richard Matis, trésorier de l’association Gynécologie sans frontières (GSF), qui rappelle une « démonstration » tenue par Brigitte Mauroy lors de ce colloque : « l’équivalent de l’excision chez l’homme, c’est de sanctionner le pénis ». En effet, c’est l’équivalent.

 

Une logique dénoncée, plus qu’une personnalité

Brigitte Mauroy serait ainsi prête pour écrire l’article « pénis » où elle pourrait signaler, sans fondement scientifique, que les Noirs ont des longues queues, que celles des Blancs sont moyennes alors que les Asiatiques ne se voient équipés que d’une petite « quéquette »… ce qui légitimerait parfois les blagues salaces et racistes, qui traînent dans nos esprits « petits blancs ». Ce trait ironique ne fait que refléter la logique dénoncée par Gérard Zwang. Dans l’absolu, ce n’est pas la personne du Dr Mauroy, visiblement engagée contre l’excision, qui est au centre des critiques. C’est la dérive que peuvent provoquer certains de ses propos. A ce sujet, Antonio Fischetti publie son argumentaire aujourd’hui (« Polémique clitoridienne », Charlie Hebdo, 12/11/08) : « Invoquer la taille des organes sexuels relève d’une rhétorique classique des défenseurs des mutilations. Ce qu’explique par exemple le chercheur Abdou Sylla : ” En Égypte, l’opération est justifiée par un argument esthétique : la laideur des organes sexuels féminins. En Éthiopie et au Nigéria, on invoque une hypertrophie du clitoris pour justifier l’excision. ” »

 

Le procès

Quoi qu’il en soit, le procès engagé par le Dr Mauroy se déroulera normalement à Lille le 20 novembre. M. Fischetti citera comme témoin le Dr Zwang. Pour Brigitte Mauroy, il semble peu cohérent de se retourner contre ce dernier – pourtant principal détracteur, responsable de la publication de sa lettre sur le net en 2004 –, puisqu’il fait partie de la même grande famille, l’UMP. Une grande famille unie, qui n’a qu’un chef et qui obéit.

C’est donc le journaliste « de gauche » qui fera les frais d’une brouille entre inconditionnels de Nicolas Sarkozy. Celui qui perdra – un journal aussi décevant que Charlie Hebdo par exemple – ou celui qui gagnera – une grande bourgeoise opportuniste « de gauche » qui rallie l’UMP –, on s’en moque un peu. Par contre, connaître ce qui se dira dans ce procès, dans ce débat public sur l’excision, risque d’intéresser bon nombre de militants-es, féministes ou libertaires. A Lille 43000, nous ne toucherons les capuchons des clitoris qu’avec nos lubriques langues de chat ! •

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