• Écrit par Dr Kasoif
  • Catégorie : Reportages

Kronik sous C

Affligés par ma lamentable escapade bruxelloise, les autocrates du 43000 m’ont généreusement offert une nouvelle chance de valider mon stage. La tournée mondiale des Étaques faisait escale mi-décembre 2019 à Marseille pour promouvoir leurs écrits séditieux et je me voyais chargé de reportager cette étape cruciale dans l’enclenchement de la glorieuse « Révolution© ». Chargé, c’est sûr que je l’étais. Et malgré la surveillance serrée de mes chaperons, Mouline, Cœur-de-Bœuf, Pirson et Guzzi, je crains d’avoir encore failli à ma mission. À défaut de luttes urbaines, ce reportage a pris une tournure sanguine, germanique et animale.

  • Écrit par Lille43000
  • Catégorie : Brèves

100 KM

« Il n'était pas facile, en outre, de voyager seul sans attirer l’attention. Pour des distances inférieures à une centaine de kilomètres, il n’était pas nécessaire de faire viser son passeport, mais il y avait parfois des patrouilles qui rôdaient du côté des gares, examinaient les papiers de tous les membres du Parti qu’elles rencontraient, et posaient des questions embarrassantes. »

George Orwell, 1984, 1949

  • Écrit par Lille43000
  • Catégorie : Brèves

Et pourquoi pas une grève des loyers ?

« Nous pensons qu’il faut soutenir cette initiative. Le moratoire sur les dettes locatives est une première étape qui permet de construire un rapport de force à l’avantage des locataires. La suspension des loyers est ici un but en soi : se battre pour une annulation pure et simple des dettes locatives durant les mois de crise. Mais il faut soutenir cette initiative car elle peut également être les prémices d’une mobilisation plus importante et à long terme – qu’elle prenne la forme ou non d’une grève illimitée des loyers – en vue d’imposer nationalement et localement des objectifs plus ambitieux : arrêt des expulsions, réquisition des logements vides, baisse des loyers, expropriation des spéculateurs etc. » L'Atelier Populaire d'Urbanisme de Fives s'est fendu d'un communiqué fouillé qui intéressera plus d'un.e locataire dans cette métropole vendue aux propriétaires. Une argumentation décisive pour l'École Néogonzo de Lille (ENL), qui a décidé, par un geste barricade exemplaire, d'entamer une grève contre les loyers exorbitants de son local pourri.

  • Écrit par Jack de L'Error
  • Catégorie : Reportages

"Du pain, des masques, mais aussi des roses"

« Personne n’a de masques ! Mais regarde-moi ça ! J’hallucine ! Personne se couvre ! » La cinquantaine pansue, FFP2 au menton ‒ sans quoi il lui aurait été plus délicat de vociférer ainsi ‒, l’importun se trouvait à environ deux mètres de moi. La distance de sécurité avait beau être respectée, je ne pouvais m’empêcher de prêter la plus grande attention à la trajectoire de ses postillons, épiant les plus costauds qu’il me faudrait ‒ j’en étais convaincu ‒ esquiver d’une façon ou d’une autre. J’allais quand même pas me faire contaminer maintenant, après un mois de confinement des plus stricts, par un rustre qui jouait au redresseur de torts microbiens, sorte de vengeur masqué des temps modernes. Périlleuse, la situation l’était d’autant plus que je faisais justement partie des gens qu’il conspuait, je veux parler des sans-masques. Des coupables.

  • Écrit par Lille43000
  • Catégorie : Brèves

Tout un village ivre-mort

Le 5 avril 1923, la commune de Quiévrechain, à quelques kilomètres de Valenciennes, fut le théâtre d’une scène de beuverie inénarrable. Des ouvriers, travaillant près de la voie du chemin de fer, s’étant aperçu qu’un wagon-réservoir contenant 160 hectolitres de quinquina-apéritif ‒ du Byrrh qui devait être acheminé à Bruxelles ‒ fuyait, allèrent s’abreuver copieusement à même la fissure. La fuite se trouvant élargie et le bruit s’en répandant, bientôt on vint de partout remplir bidons et bouteilles, jusqu’à l’épuisement du réservoir. Durant toute l’après-midi, la commune fut en liesse : quantité d’ivrognes parcouraient les rues et de toutes parts on ramenait des hommes ivres-morts. La police intervint, mais tout était bu.

  • Écrit par Lille43000
  • Catégorie : Brèves

Ô Capitaine ! Mon Capitaine !

« Je ne me suis pas rendu compte, noyé par les questions, de l’éparpillement de la horde sur ce navire trop vaste, de sorte qu’après trois heures intenses, au moment d’aller aux toilettes, cet acte si étrange pour moi, j’ai éprouvé un vide. J’ai eu brutalement besoin du groupe, de voir nos visages, j’ai cherché Oroshi des yeux, où était Pietro, qui discutait avec des filles ‒ je n’ai retrouvé personne. Je me suis dit qu’à l'évidence, s’aérer de rencontres fraîches et fuir un peu le carcan du Pack devait être vital pour beaucoup d’entre nous, pour Caracole plus qu’aucun autre, alors que pour mon compte, je conservais cette envie de tout partager, ou plutôt de faire ces découvertes ensemble. "Tu n'as jamais envie d’être seul ?" m’a dit Oroshi hier tandis que j’éternisais, c’est vrai, mes "Bonne nuit". Pas souvent, non : j’ai besoin de cette énergie fluante du groupe, de sentir les tensions et les fusions qui nous traversent, chacun et tous. J’ai besoin de me sentir noué dans la pelote de nos fils. »

Alain Damasio, La Horde du Contrevent, 2004

  • Écrit par Lille43000
  • Catégorie : Brèves

Le jour est proche où nous serons les maîtres

« Allons forçats des filatures / Le premier Mai vient de sonner / Las enfin de tant de tortures / Levons-nous pour manifester (…) / Debout, vrais travailleurs ; démasquons tous les traîtres, / Marchons, marchons, / Le jour est proche où nous serons les maîtres. (…) / Mais quelle est cette troupe armée / Qui s’avance, l’air menaçant ? / Quoi, la bourgeoisie alarmée / En voudrait-elle à notre sang ! (…) / Dormez, dormez, chères victimes, / Martyrs de l’Émancipation, / Le vent qui souffle dans les cimes, / Murmure : réparation ! / Un jour viendra où dans vos tombes, / D’aise vous pourrez tressaillir, / Voyant le capital qui tombe, / Laissant aux vôtres l’avenir ! »

Anonyme, La Marseillaise fourmisienne, mai 1891, Lille

  • Écrit par Bruegel de Bois
  • Catégorie : Reportages

"On manque de tout sur Calais". Aux confins de la chronique, entretien avec Sophie Djigo

Nous pensons l’amitié, donc nous sommes. Quand j’ai commencé à lire le livre de Sophie Djigo, Aux frontières de la démocratie. De Calais à Londres sur les traces des migrants (Éditions Le bord de l’eau, 2019), je ne pensais pas en arriver à réfléchir autant sur l’amitié. Pourtant, si on veut sortir la tête et le poing hauts de cette merde de confinement, et plus généralement de ce qui nous oppresse, c’est l’amitié, cette vertu politique, qui nous y aidera.

  • Écrit par Lille43000
  • Catégorie : Brèves

Le crime est un art

« Ne pratiquez pas le Terrorisme Poétique pour d'autres artistes, faites le pour des gens qui ne réaliseront pas (du moins durant quelques temps) que ce que vous avez fait est de l'art. Évitez les catégories artistiques identifiables, évitez la politique, ne traînez pas pour éviter de raisonner, ne soyez pas sentimentaux ; soyez sans pitié, prenez des risques, pratiquez le vandalisme uniquement sur ce qui doit être défiguré, faites quelque chose dont les enfants se souviendront toute leur vie ‒ mais ne soyez pas spontanés à moins que la Muse du Terrorisme Poétique ne vous possède.

Déguisez-vous. Laissez un faux nom. Soyez mythique. Le meilleur Terrorisme Poétique va contre la loi, mais ne vous faites pas prendre. L'art est un crime ; le crime est un art. »

Hakim Bey, Le Terrorisme Poétique

  • Écrit par Lille43000
  • Catégorie : Brèves

Des rêves de festins et de tabac

« Il semble, qu’au début, les gouvernements n’aient tiré qu’un médiocre parti de leur nouvelle conquête. Les essais auxquels il fut secrètement procédé n’aboutirent à rien d’utile. Cependant, les peuples s’ennuyaient. Quelle que fût leur patrie, les civils devenaient moroses et de mauvais poil. En mordant à leur pain noir ou en buvant des ersatz à la saccharine, ils faisaient des rêves de festins et de tabac. La guerre était longue. On ne savait pas quand elle finirait. Mais finirait-elle un jour ? Dans tous les camps on avait foi en la victoire, mais on craignait qu’elle ne se fît attendre. Les dirigeants nourrissaient les mêmes craintes et commençaient à se ronger les poings. Le poids de leurs responsabilités les faisait blanchir. Bien entendu, il ne pouvait être question de faire la paix. L’honneur s’y opposait et d’autres considérations aussi. Ce qui était enrageant, c’était de savoir qu’on disposait du temps, et de ne pas trouver le moyen de le faire travailler pour soi. »

Marcel Aymé, Le Passe-muraille, 1941