Juriste inconnue mais spécialiste des bruits de palais et des incidents d'audience imprévus, Frédérique Lacluysse vient d'intégrer l'école après deux échecs successifs au concours d'entrée, le jury ayant eu du mal à saisir ses motivations, qui restent obscures, et son parcours — Lacluysse ayant exercé en Inde dans des circonstances pas toujours limpides.

Elle s'orienterait vers la chronique judiciaire mais ce n'est pas certain. Elle finance ses études par alternance en plaidant au pénal mais elle ne s'en sort pas toujours si mal que ça. Elle a rencontré Esteban dans les couloirs de la Cour Nationale du Droit d'Asile, lorsqu'il cherchait un avocat prêt à soutenir son invraisemblable histoire de fuite hors du Mexique pour échapper à un cartel de la drogue lors de la prise d'assaut de son ranch à la frontière du Belize. Comme elle est aussi bonne poire, elle a cru Esteban sur parole et sans la moindre allusion à son haleine alcoolisé. Elle a plaidé dans la foulée et sans ciller ce récit rocambolesque devant des conseillers très dubitatifs qui ont finalement cru qu'Esteban était colombien. On raconte qu'elle aurait caviardé la décision de la Cour afin qu'Esteban se croit réfugié politique et appuie sa candidature à l'école.