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« La solidarité, c’est, on le sait, le symbole de notre identité profonde ». Oui, Martine Aubry le sait. Ses adjoints, ses collaborateurs et ses proches le savent, aussi. Mais pour le reste des Lillois, c’est moins sûr. Ce qui est certain, par contre, c’est que si solidarité il y a à Lille, on y vit de moins en moins en liberté. Car ici, comme ailleurs, l’Ordre socialiste ne cesse de quémander plus de police. Davantage de flics, bienvenue dans le vrai Lille.


• Avant d’aller plus loin, il faut que vous sachiez :

A Lille, comme ailleurs, quand vous traversez la gare Lille Flandres, force vous est de croiser légions de policiers et militaires.

A Lille, comme ailleurs, le centre-ville et les sous-sols des métros sont infectés de flics, en uniforme ou pas.

A Lille, comme ailleurs, il ne faut pas attendre plus de cinq minutes au croisement de la rue Nationale et du boulevard de la Liberté pour voir un engin de police, sirène et gyrophare allumés ou non.

A Lille, comme ailleurs, vous ne pouvez pas vous balader au marché de Wazemmes sans être gêné par les voitures des polices municipale et nationale qui patrouillent pare-choc contre pare-choc parmi les piétons, en zone piétonne.

A Lille, comme ailleurs, chaque nuit les agents de la BAC ouvrent une chasse des plus débridées.

A Lille, comme ailleurs, un « super-commissariat » est bâti aux portes des quartiers pauvres ; imposante forteresse qui ressemble plus à une base militaire de contre-guérilla qu’à un poste de police.

A Lille, comme ailleurs, les prisons sont surpeuplées et les détenus s’y donnent la mort.

A Lille, comme ailleurs, de nombreux jeunes, parce qu’ils sont noirs, parce qu’ils sont arabes, parce qu’ils vivent dans un quartier pauvre, ont à subir au quotidien les humiliations de la police.

A Lille, comme ailleurs, des « gardiens de la paix » entretiennent des relations plus que cordiales avec l’extrême-droite identitaire.

Enfin à Lille, comme ailleurs, un homme a perdu la vie à la suite d'un transport en fourgon de police.

Maintenant vous savez.

Dans les rues de Lille, si l’on n’est pas obnubilé par le « shopping », l’importance du dispositif policier ne peut que sauter aux yeux. Cela ne relève d’aucune statistique, d’aucune étude chiffrée. C’est juste une désagréable impression. D’être encerclé. Opprimé.

Mais ce flot incessant d’individus armés est jugé « insuffisant » par nos élus. Des socialistes en majorité, qui proclament l’un après l’autre à tue-tête : « Il n’y a pas assez de policiers à Lille ! » Tous les « problèmes de quartier » s’expliquent par la même antienne. Agressions, vols, vandalisme, incivilités, échauffourées avec la police, c’est toujours « à cause » du manque de flics…

C’est limpide, quand même. Puisque ça dit : il y a de la délinquance parce qu’il n’y a pas assez de policiers.

Très, limpide.

Limpide comme un Walid Hanna, 3e adjoint en charge de la Politique de la Ville, qui livre ses conclusions sur la fusillade du week-end dernier : « On n’a pas assez de policiers à Lille, Martine Aubry n’arrête pas de le dire, n’arrête pas de le crier sur tous les toits. Est-ce qu’il faut un drame pour que le gouvernement nous envoie les policiers qu’il nous manque à Lille ? » (France 3 NPDC, 14/12/09)

Limpide comme un Roger Vicot, 17e adjoint en charge de la Sécurité, pour lequel des incendies de voitures à Lille-Sud « confirment, si besoin était, que la présence de la Police nationale en permanence doit être régulière au cœur des lieux de vie de la ville. » Lui aussi déplore que l’on soit « bien en deçà des effectifs qui devraient être ceux de la Police nationale à Lille » (Conseil municipal, 02/02/09) et « ne cesse de réclamer le retour de la police de proximité ! » (Nord Éclair, 09/10/09)

Limpide, enfin, comme une Martine Aubry, maire de Lille, qui, s’inquiétant du « sentiment d’insécurité » dans les transports en commun, ce « climat général qui inquiète » les chauffeurs de bus, affirme : le « souci est que la police n’intervient jamais ». Pour l’énarque, pas de doute, « le souci » n’est pas qu’il y ait « des zones de non-droit dans nos quartiers », « le souci » est qu’« il n’y a pas de police ! » (Lille Métropole Info, 11/08)

Des choristes, ces socialistes.

Si « le souci » à Lille, comme ailleurs, est qu’il n’y a pas assez de flics, je me demande bien ce que serait une ville sans « souci ».

Parce que – putain d’sa race ! – à Lille, comme ailleurs, il n’y a plus assez d’air à respirer ! •

Images : Banksy

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