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Torino Libero (1/3)

Au commencement était le verbe. Le verbe rapporter.

Puis vinrent les drogues, et des hectolitres d'alcool.

Alors on vit se profiler dans la lande...

les brumes accrochées aux petites montagnes, qui se dissipent parmi les pinèdes, dans l'aurore de ces matins de printemps encore frileusement lointains...

 ... tels de mauvais rêves qui collent aux pataugas des promenades, quand la lucidité s'en est allée.


• Turin, donc, première escale gonzo-rapportée.

 

Un choc des civilisations par mois... et en ces temps de chaos, mes chers amis, ça se déguste, à se réinventer l'identité, un km à la fois.

 

Mais, revenons un instant sur nos pas.

 

Qu'est-ce qu'on en a à foutre de Turin et ses montagnes même pas flamandes ??

Me direz-vous (car je vous connais).

 

Eh bien, dizons qué lé compagni lillouas dé QuarantétrouasMillé sé sont sèntis oun po à l'étrouat, é qué vostre fidèle servitore a été çoisi pour la partie orbitale et satellitaria, dé Lille 43, jé nommé Rome 43000.

Comme dirait Mahomet, surtout en ce moment, "Nul n'est prophète en son pays".

Et on distingue bien mieux les comportements de notre zoo lillois... d'une cage à peine plus éloignée.

 

Rome, Turin, plusieurs trucs.

 

À Turin y a une vieille maison de hippies qui vaut le détour de rencontrer au moins une fois dans sa vie.

Non, pas adossée du tout à la colline, plutôt à ses pieds.

D'où, ni une, ni deux, l'envie de prendre en marche la première bande de potes qui dit passer par là.

Et c'est ainsi que tout commença.

 

Le train n'est pas aussi cher, en Italie. Sauf quand on fraude le TAV ("No al TAV", TGV local, puisque Grand se dit Alto, et Vitesse Vélocité). Sans ça, les trajets dans les petits trains de merde régionaux sont à peu près digérables, un 16€ Rome-Florence, un 11€ Rome-Naples... Mais si on veut aller de Rome à Turin, alors ça vient dans les 90. Et si on veut les épargner à notre rédakchef, tout frais émoulu de ses subsides de L'école nationale de Gonzotteries, et puisqu'il ne nous a gratifié d'aucune fiche de paye (oui zé sais "manquerait plus que ça"), et qu'on va pas se farcir 800km en deux ou trois jours d'Intercity et régionaux bons marchés, on va donc péter dans la soie et rentrer dans les (bonnes) mœurs : ne pas payer ces saloperies de trains nucléaires qui défigurent le Val de Susa jusqu'aux Yvelines, en passant par GEC Alsthom et les Pouilles adriatiques. On reviendra d'ailleurs dans un suivant reportage sur ces distinguos méditerranéens, et également sur ce quadrillage ferroviaire qui a vu naitre la grandeur civilisatrice de nos modernes Etats-Nations à eutha-nazier.

Je rassure tout de suite la veuve et l'orphelin qui se perdraient ici à nous lire : non, en Italie non plus, frauder n'est pas si gratuit. Mieux vaut être RMIste et SDF, sans ça le fisc vous retrouve et saisit le salaire, retournez donc sur RAI 1 si vous ne me croyez pas. Mais Berlusconi, tout perdu à apprendre l'ènglais pour crâner au G8 a dû louper ces leçons de français, où pourtant ses petits camarades Sarko et Perben enseignèrent que voter une loi aussi scélérate que la "fraude d'habitude", pouvait s'avérer payant, pour plus voir les bourgeois ordinaires importunés par les Maliens, Bengalais sans autre option, et autres zonars zanars, ou encore les paumé-e-s du gonzo-journalisme. Cette grande leçon de vie du contrôle social, cette entrave majeure à toute velléité de mouvement, nécessairement économique pour la plupart, éminemment flâneuse pour les autres, gageons que les cousins transalpins ne tarderont pas, à l'instar de la répression des modes de survie des Roms, à imiter leurs collègues néonéo-nazis français.

 

En attendant, on peut donc encore accéder aux quais sans que la Gestapo ne nous demande patte blanche et Carte Bleue, et ainsi circuler tout tranquilles pendant de bien plus longs sauts de sauterelle. Les TAV, ou "Freccia Rossa" (flèche rouge, oui, ils ont de l'humour, mes compatriotes) sont des directs, et les contrôleurs, ici, te débarquent à la suivante, parfois même sans amende. Alors autant se retrouver au bout de deux heures de trajet pré-toscan directement à Firenze, plutôt qu'à Frascati (5km nord-est de Rome), d'autant que le vin de Frascati est pas très bon, alors que le Mac Do de Firenze, tout baigné du soleil de la Renaissance, déchire bien.

Florence n'est pas qu'un prénom pour Françaises désœuvrées, donc, c'est aussi une très belle ville.

Aussi, nous y reviendrons ci-dessous.

Mais avant, je nourris enfin ce suspense qui nous caractérise de satisfaction machiavélique : oui, on s'est faits contrôler. Extraits :

« Billets ("Biglietti").

- On n'en a pas.

- Alors vous allez payer maintenant.

- Non, on peut pas.

(Je lui épargne la précarité de ma rédaction "Four Three" et ses fins jeux de mots libertaires.)

(Je lui épargne aussi la concurrence française signée SNCF, qui nous épaule de ses slogans "L'argent, gardez-le pour là-bas".)

- Vous avez combien ?

- 3€, lui mens-je dans la langue de Dante.

- Papiers ("Documenti", bon à savoir en toute saison, pour les non-ritalophones).

(On fait bien d'en avoir, mine de rien, surtout de cette couleur-là…)

(Elle sort son portable et marmonne un truc.) »

La polizia (autre mot italien de première nécessité, même si Mussolini fut pendu par les pieds) du train va arriver.

 

Ambiance. Au pire on risque un contrôle d’identité un peu chiant, mais on transporte rien d'interdit, à part nos cerveaux.

Elle (il) arrive, se saisit de nos papiers, jauge à notre accent si de l'albanais ou du roumain, du libyen ou du mandchou se cacherait derrière notre italienne expression, puis nous indique qu'on devra descendre au prochain arrêt, susnommé, Firenze.

Mines accablées, hypocrisies en berne, le type repart roupiller, avant qu'une heure après, il nous rende nos chers documents, sans autre avertissement qu'un "si vous devez continuer, ne faites pas d'histoires et ça se passera bien."

Ammazza... ("nom de nom").

À Florence, et une fois sustentés sous la pluie façon Renaissance, on se fout pas mal de la beauté de la ville car on n'a pas trop de temps, et on attend le suivant (Firenze-Bologna-Milano), en se doutant bien qu'on descendra peut-être... à Milan.

Ben non. Avant Bologne, le contrôleur nous demande d’être assez sages pour descendre à la suivante, Bologna la Rossa.

Vous croyez vraiment qu'on va jouer les rebelles pour des peccadilles aussi gratuites ?!

 

Bologne n'est pas rouge que dans le passé syndical et les assiettes de spaghettis.

Bologne a de beaux immeubles assez récents mais joliment vieillots (constante absolue de l'esthétique italienne, selon le dogme muet : "si t'as pas besoin de le remplacer, à quoi bon te faire chier"). Tous plus oranges, rouges, mauves ou roses les uns que les autres, ils nous font vite oublier le Rinascimento moyenâgeux qui fait tant la joie de ces sans-goût de bourgeois ordinairement français, si toscanophiles.

À Bologne la Rouge, donc, pas de plat de pâtes car on n'a pas trop faim, surtout à force de nous enfiler ces canettes de Moretti et de Peroni (qui sont d'ailleurs jumelées aujourd'hui), ce qui contribue beaucoup à une folle gaudriole dans ces rues arquées d'ocres. Cet esprit joueur, le temps d'attendre le prochain Bologne-Milan, nous fait errer, le cœur rieur.

Et là, on rencontre... non, pas Dieu, presque.

Au détour d'un piéton carrefour plutôt passant, deux types aux airs de margoulins ordinaires, et une petite table humblement dépliée ornée d'un somptueux ruban or et rouge signale, le plateau rempli du même livre : "Dianetics".

Diantre.

Je m'approche, l'air curieux et plus faux-cul que nature, car j'allais pas laisser ces deux sbires scientologues vendre ainsi leur soupe au pays de Dieu sans moufeter et avant de m'en être payé une bonne tranche.

On me glisse un flyer dans la main, rouge, question noire :

"Tu es préoccupé ?"

Je range mon fou rire loin dans ma chaussette, et ravale ma connerie prête à porter au visage du malotru un pain maison.

Extraits :

 

(La suite après, oui, je sais, Turin est encore à 500 bornes, I know.) •

 

Épisode suivant : « Torino Libero (2/3) »

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