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Voir la ville en Rose...

Depuis quelques mois, la mairie a entamé de repeindre en rose les courées lilloises. Des lampes à basse consommation, recouvertes d'un filtre rose font leur apparition dans les cités, cours et courées  wazemmiotes, moulinoises, fivoises et même à Lille-Sud. Ceux qui les habitent n'ont pourtant pas connu souvent la vie en rose. Contrairement à notre élite locale. Pourquoi ce rose ?


• Parce que Lille change. Parce qu'elle doit changer. Parce qu'en Europe et dans le monde, d'autres villes changent et qu'il ne faudrait surtout pas louper le coche. Alors dans le sillage des « mégalopoles mondiales » et en essayant de prendre la tête des « capitales régionales », Lille se mue. Mais à sa façon, ou plutôt à celle d'Aubry : par la Culture. Clinquante, attrayante et colorée.

Souvenez-vous, Lille 2004, c'était la gare Lille-Flandres en rose. Lille 3000 : c'est au tour des courées. La municipalité qui depuis les années 1980, mais de façon bien plus nette depuis 2004, veut redorer le blason de « Lille l'industrielle » cherche à attirer de nouvelles populations dans son centre et plus particulièrement dans ces quatre quartiers encore désignés comme « populaires ». Les courées se transforment de concert avec les quartiers dans lesquels elles s'insèrent.

Alors, quoi de mieux que de repeindre la ville en rose, en commençant d'abord par les endroits où la vie est effectivement très loin d'être rose ? Ce rose qu'on ne retrouve guère plus, dans nos rues, que sur les publicités géantes pour tenues estivales ou sur les cols de chemise des petits et grands bourgeois du Vieux-Lille. Quoi de mieux que des courées « tape-à-l’œil » pour cacher la misère qui les peuple encore ou pour indiquer les prochains endroits à récupérer, à voler aux classes populaires ?

Dans la cité Brunswick de Fives, promise à la démolition l'année prochaine, la municipalité a installé ces éclairages sans se soucier de leur application concrète. Revenus sur place quelques semaines plus tard, les agents municipaux se sont fait incendier par les habitants. L'éclairage, sous l'opacité de l'hiver lillois, plongeait la courée derrière un épais voile rose : plus aucune visibilité pour ses occupants. Personne n'avait été impliqué dans la décision. Et elle n'avait ni queue, ni tête.

Néanmoins, qu'on ne s'y trompe pas, toutes les courées n'ont pas subi le même sort. Certaines restent depuis trente ans complètement ignorées, avec leur lot de rachats par la municipalité, de maisons murées, d'entretien non accompli, de pourrissement des logements et de chemins libres aux marchands de sommeil. Mais celles-ci seront bientôt traitées au bulldozer, Caterpillar ou petit-bourgeois. Au choix. •

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