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Stéradian publié initialement le 24 novembre 2012

2012. US-Can. Ben Affleck

B. Affleck / ...

Bien. Affleck est désormais un intello, tout le monde sera d'accord là-dessus. Il a réalisé The Town, Gone Baby Gone, en 97 il avait déjà scénarisé ce crack de Will Hunting, alors c'est un intello. Mais, comment notre intello du jour a-t-il dû penser cette énième tentative d'Hollywood de nous rappeler l'évidence : que

- les méchants sont, non plus les Apaches, non plus les Russes, mais les Iraniens, et que

- les gentils sont les Ricains, cosmopolites, et pas du tout responsables, les pauvres, des haines religieuses et fratricides qui déchirent çà et là le Monde non-libre ?

Comme on est pressés de se marrer, à Lille43000, on est pressés de savoir, et on mate dare-dare Argo, dont pourtant le faux ami insultoïde devrait nous dire de faire gaffe...

Va-t-il penser la géopolitique à la manière, feutrée, du Munich de Spielberg, perle d'un ciné raciste et accusateur, aux antipodes de ses excuses post-nazies de Schindler's list ? Non, Affleck est d'une autre génération, d'une autre étoffe.

Alors va-t-il, à la mode turque, copie conforme du si « raciste » (M. Boujut, Charlie, années 90, sic) Midnight express d'Alan Parker, avec ses gardes moustachus si injustes et méchants, dans une époque (1978) où dénoncer les prisons aurait pourtant pu ressembler, par exemple, au hasard, à dénoncer la sur-présence noire, dans ces uniformes oranges, proto-guantanaméens, aux USA themselves ?

Non plus. Alors ?

Eh bien tout simplement par l'allégorie d'Hollywood, elliptique parabole d'une société, vous l'aviez tous compris, où la machine à rêve, machine à trêve, est capable, telle Dieu, de tout. Évidemment.

En fait, Affleck, comme tout le monde, a surtout choisi son camp, depuis la frousse de la Somme de toutes les peurs : que tout pète partout à coups de missiles.

Or, c'était pas facile, depuis Gone Baby Gone, tellement plus près d'un cinéma « social », qui sied à son rang d'intello, oùses regards tendres et lucides sur le prolo bostonien et ses malheurs en ont dévoilé tous les secrets si utiles à nos facs de socio.

Heureusement, en histoire du Proche-Orient, par contre, il a dû avoir Golda Meir, comme prof. Car le camp choisi ne sera pas celui de la Révolution iranienne. Non. Ici, l'opération « Argo », 1979, un film bidon, des diplomates, une révolution, et hop : Hollywood, prétextant d'un tournage bidon, a sauvé 11 ressortissants US de leur ambassade, très bien. Mais... sont au courant, que pendant ce temps-là (temps que de vils plumitifs baptisèrent « Irangate ») la CIA, et un général, Poindexter, armaient gentiment Khomeini contre Pahlavi ? Qu'en clair, ils les ont moins sauvés, ces 11, que bien foutus dans la merde ainsi que tout un peuple ? Non, on dirait, ce sera peut-être au programme du bac, l'an prochain.

Le Bac, y a longtemps qu'Affleck l'a empoché, à l'assaut de l'Histoire. Il pense, donc il filme : Hollywood rend grâce à Hollywood. Et pour se foutre aussi délicatement de la gueule de ces cons d'Iraniens (qu'avaient qu'à en avoir, des ADM), il doit, entre deux Oscars, avoir reçu une belle médaille de Tsahal. Allah Akbar, Affleck.

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