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Le texte qui suit, quelque peu naïf et balbutiant, a été publié le mercredi 29 mars 2006 dans le dernier numéro du C’est Pas Encore fini. Une petite parution sauvage fabriquée quotidiennement par des étudiants investis dans le mouvement anti-CPE – certains Lillois s’en souviendront ; dix-huit numéros diffusés gratuitement, de main à main, à plusieurs centaines d’exemplaires, à la fac et dans les manifestations. La veille de la sortie de ce numéro, plus de 50 000 personnes avaient envahi les rues de Lille. La manifestation était tellement grande que sa tête avait rencontré sa queue : du jamais vu. Mais à cet engouement collectif avait vite succédé un brutal rétablissement de l’Ordre. C’était il y a dix ans, bordel…


• « Hier, le 28, journée de mobilisation nationale. Un cortège hallucinant et hétéroclite investit la ville. Une foule interminable de jeunes, d’étudiants, de syndiqués, de gamins, de salariés perdus, emportés par la liesse à la sortie du bureau. On nous avait annoncé que ce serait du gros, cette manif. Grève générale ! Et effectivement c’était la folie, la ville était ceinturée. Le peuple était dans les rues. Contre le CPE ? Je ne pense plus. Un ras-le-bol général, un énervement s’amplifiant chaque jour. Chaque jour, des provocations politiques. La rupture était définitivement consommée. Hier la manif’ a dérivé. Affrontements habituels. Jeunes contre flics. Et pourtant, les jeunes voulaient-ils ces violentes confrontations ? Les quelques bien habituels trublions qui balancent des bouteilles sur des képis-terminators, méritent-ils un tel déchaînement de haine ?

C’était bien de la haine qui se propageait au-dessus des barricades. La BAC a gagné le concours de cassage de jeunes. Ils exhibaient leur arsenal, flashballs, matraques, lacrymo, et la haine. La haine qui les enivre quand ils chargent à quinze pour attraper un gamin de 13 ans, plaqué violemment à terre par un coup de matraque. Ça y est, ils l’ont enfin leur bénédiction ministérielle de charger, de taper, de massacrer. Les quelques centaines d’arrestations des jours derniers les avaient mis en bouche. Un petit apéro, des brochettes de manifestants, des grillades de jeunes à capuche, des coups de matraque parce que ça détend. Et puis en groupe, on se sent plus fort. Ah ils étaient beaux, nos gardiens de la paix. La bave aux lèvres, serrant fort leurs sanglantes matraques, protégés derrière leurs imposantes armures, ils trépignaient d’impatience en attendant la providentielle première canette. Et puis elle arrive, cette bouteille. La bière comme symbole de contestation, les milices peuvent se déchaîner contre ces connards de jeunes.

Les coups pleuvaient sur les imprudents en première ligne. Mutiler un homme à dix contre un. Voilà leur sport. Une interpellation ? Un passage à tabac plutôt. Une ratonnade pour certains, il ne fait pas bon être bronzé dans les manifs. En taper le plus possible ou, version officielle, faire le maximum d’interpellations. Qui sont les vrais casseurs ? Et Sarko qui félicitent son armée de l’Ordre : « Vous avez su adapter vos dispositifs ». Hier, les flics ont fait jaillir dans un déferlement fracassant leurs plus bas instincts. Leur vrai visage. Voilà la réponse du gouvernement. Face à des jeunes à bout de souffle, exténués, transis de plus d’un mois de blocage. Le désespoir n’est pas loin. Presque trois millions de personnes dans les rues hier, même contre le borgne en 2002 il n’y avait pas autant de monde.

Comment se faire entendre ? Que faire face à ces autistes énarques ? Qui provoque la radicalisation ? La haine s’insuffle partout, progressivement. Le conflit dure trop. Le conflit de trop. Même les plus modérés se laissent gagner par la rage malsaine. Les esprits s’enflamment. Jouer le pourrissement, c’est la haine qui est l’enjeu. Villepin est le responsable. Quel ego infini ! Pourquoi tenir un projet dont chaque jour nous prouve que personne n’en veut. Pour nous prouver votre courage ? Le courage de se barriquer à l’assemblée, en proposant insolemment une rencontre intersyndicale ! Les jeunes sont les victimes des aspirations présidentielles. La carrière d’un seul homme face à la vie de millions de gens ! On se fout de notre gueule. Contre le CPE, cette manif’ ? Plutôt pour ouvrir les vannes à cette haine qui s’accumule chaque jour un peu plus, à ces frustrations permanentes qui déciment. Comment le fossé entre politiques et citoyens ne peut-il pas se creuser ? Et Sarko qui veut récupérer le mouvement…

La haine monte…

Elle commence à me gagner. » •

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