Reportages

Hip hop et autoproduction : terreau fertile et artisanale méthode !

À l'occasion de leur dernier opus, Chronique de la Mouette, le collectif de hip hop Metapuchka rappelle, à sa manière, l'existence d'une scène indépendante et autoproduite. Entre démerde pour trouver un lieu de concert et bons plans pour concocter un album à la mesure de leurs désirs, le crew lillois empreinte les chemins de traverse de celles et ceux qui essayent de concilier plaisir et démarche consciente. La semaine dernière, ces artisans de l'utopie donnaient rendez-vous pour discuter autour de l'autoproduction. Alors j'ai enfilé mes baskets, mis ma capuche et foncé voir ce que les rappeurs lillois avaient à dire.

Lille-Sud : Le développement durable à la hache

C'était un vendredi. Un vendredi en début d'après-midi, pour être exact, et donc à un moment où la sacro-sainte sieste s'insinue doucement dans mon esprit. C'est comme ça à chaque fois, alors que mes yeux se plissent doucement, bercés par la voix de Joël Collado, que je me vois déjà en train de courir nu dans un champ de blé… Mon téléphone sonne une fois, deux fois, et je finis par répondre : « Bruegel, c'est horrible. Horrible ! » « Mais de quoi tu me parles nom de Dieu ? » « C'est horrible je te dis : ils sont en train d'abattre tous les arbres de Lille-Sud ! »

De l’arrache, du record et du spleen : le concours de bouffeurs de frites à Comines

Ça a été le reportage le plus court de l’histoire de l’École Néogonzo de Lille (ENL). Jack, avec qui j’étais réconcilié, ne lâchait pas des yeux la trotteuse de sa grosse montre clinquante. Et quand nous sommes retournés dans la baleine rouge pour revenir vers Lille, avant de mettre le contact et de faire hurler le moteur de la best line, il m’a regardé et a beuglé « 9’41, mec, 9’41 ! »

Érik avec 1 « k », cadre de proximité

Déjà, Érik, c’est énervant comme prénom. Mais Érik avec un « k » ça en devient irritant. C’est ce que je me dis chaque fois que je l’appelle et chaque fois que j’écris son prénom : Érik.

14 juillet : fête populaire en treillis

« Salut, le bleu. Tu pars dimanche en reportage, à Marcq ! Pour le 14 juillet, ils ont convoqué l'Armée de l'Air. On va voir ce que tu as dans le bide. » C'est sur ces mots chaleureux comme les vents glacials des pôles que m'accueillit Jack de L'Error au comité autogéré de rédaction. Putain, à peine recruté et déjà obligé de se coltiner la corvée. « Un : merde, le dimanche je dors ; deux : fait chier, le 14 juillet, je dors encore plus ; trois : quoi !, à Marcq-en-Barœul, l'un des pires bastions de droite de la métropole ? Et pis quoi encore ?! »

Chroniques paranoïaques

Un mardi comme les autres, une salle au Palais, une audience correctionnelle des plus banales, un public qui attend, une juge qui a retroussé ses manches, un dossier plus mince que les autres, un vol à l’arraché, un prévenu qui comparaît libre mais qui vient de se taper plusieurs mois au frais dans une prison sous les tropiques.

Abdel Hafed Benotman : « Le véritable enfermement est la soumission, à l'intérieur et l'extérieur des murs »

Samedi dernier, dans un bistrot de Moulins, j'attendais sagement que l'heure passe... Comme dans beaucoup de cafés, La Voix du Nord traînait sur le zinc. La bonne occasion pour dégoter une ou deux brèves vite fait histoire d'alimenter notre nouveau site. Mais voilà que je tombais sur un fait divers carcéral qui trouvait un drôle d'écho dans ma mémoire. Un homme venait de se prendre 18 mois fermes et supplémentaires pour violences contre gardien. Piqûre de rappel carcérale pour me rappeler cette rencontre publique, il y a environ deux mois, avec Abdel Hafed Benotman à la librairie L'Harmattan, dans le Vieux Lille. Militant anti-carcéral, écrivain, on ne présente plus l'auteur des Forcenés et d'Éboueur sur échafaud. Ou si, parce que comme moi peut-être, quand tu lis ce nom, tu te dis que tu l'as déjà entendu mais que tu ne remets plus qui c'est.

Le festival d'Aurillac est crade et dépravé !

« Les hippies, c’est pire que les collabos ! » C'est avec cette phrase que je m’étais endormi, mais c’est quand je me suis réveillé que les soucis ont vraiment commencé. Je ne sentais plus mon corps, à peine mon âme. J'étais tel un tronc d'arbre desséché. Ne pouvant relever la tête trop rapidement, comme coincé à mon matelas de fortune transpercé par la dureté d'un vieux parquet, je commençais par scruter attentivement mes mains étrangement scarifiées. Des légères griffures un peu boursoufflées dévalaient le long de mes bras. Mais bordel, qu'est-ce que j'avais bien pu faire ?

Le samedi de Bouvines

Il existe un bled de 750 âmes en périphérie de Lille, répondant au nom de Bouvines, où, selon toute apparence, la Grande Histoire de France s’est jouée un certain dimanche 27 juillet 1214. 797 années, 10 mois et 23 jours plus tard, la morne vie de reporter néogonzo en manque de sujets que je menais depuis quelques temps, m’y a conduit.

Didier Fusillier est un type branché

À Lille les mauvaises langues l’affublent de tous les noms et insistent sur sa prétendue ringardise. Pire, les collégiens, dont on sait la cruauté, se moquent de lui et de sa coupe de cheveux démodée quand il traverse la ville. Bref, les blagues pullulent sur son compte, et ce n’est pas du tout cool. Car au fond, je vous le demande, que sait-on vraiment de « Dédé » ? Que connaît-on de cet homme dont la simple évocation soulève les rires par centaines ? Pas grand-chose.

Une huile à l’audience

C’était un plan béton, un dossier en or, une audience qui promettait la lune, le genre de rendez-vous judiciaire en prévision duquel on plante ses potes au bistrot la veille pour rentrer chez soi plus tôt et plus à jeun que d’habitude. Le tuyau venait d’un pote avocat, et comme j’en avais marre de mon stage en comparution immédiate et des salles d’audience où défile la misère, j’ai sauté dans mon plus beau tailleur pour assister à une audience de luxe. Rouge à lèvres et talons chics, j’envisageais même de me faire passer pour une scribouillarde de Libé, et ceux de l’école m’auraient enfin regardée de plus bas.