Reportages

Liège : reportage fleuve dans un bateau ivre

« Liège la frondeuse ». Je ne sais plus très bien où Esteban avait eu vent de cette expression. Mais il ne lui avait pas fallu longtemps pour me convaincre de l'accompagner à l'assaut de la « cité ardente ». C'était au mois de juin 2014, en pleine coupe du monde de foot, qu'on décida d'enfourcher nos vélos et d'attraper le canal de la Meuse comme on agrippe le guidon d'un jet-ski pour tracer le sillon. Soixante-dix bornes plus tard, nos mollets fatigués atterrissaient place de l'Yser, dans le quartier d'Outremeuse, au cœur de la vallée infernale.

« Baraki de kermesse ! »

Le baraki, tout le monde à Liège te le dira, c'est l'autre. C'est pas exactement le genre de personne avec qui tu ferais ta vie. Ni le matelot avec lequel tu voudrais naviguer. Pas même avec qui tu passerais ta soirée. Soyons clair, tu tomberas jamais en admiration devant un baraki. Tu seras plutôt désolé-e par tant de bassesse. En somme, le barakisme n'est pas le genre de médaille qu'on revendique, en bombant le torse, quoi. Même pour les barakis de kermesse, autrement dit les plus forts. Et pourtant, pourtant, ils existent. Dans l'imaginaire collectif au moins. Alors bordel, me direz-vous, c'est quoi un baraki ? Réponse radiophonique à l'Avide Centenaire, un festival de spectacle de rue sis à Chênée, banlieue ouvrière de la cité ardente.

500 colons sur la ligne de départ

Pays berbère, Tiznit, sud du Maroc. Dans ma fuite de l'École Néogonzo, j'étais venu accompagner un ami qui passe sa vie sur les routes africaines. Un fanfaron qui devise dans d'incompréhensibles palabres mais dont l'enthousiasme ouvre les portes. Comme ce jour-là, quand nous avons été invités à loger à l'Asrir, une auberge dans un riad au cœur de la médina. Ici, une obscure cérémonie était en préparation. En fait une pitoyable célébration pour néocolons qui s'ignorent...

La file d'attente à Transpole ou comment rappeler aux chômeur-ses que la télé est leur meilleure amie...

Depuis quelques mois, je participe, comme beaucoup d'autres, à grossir, doublement, les rangs des actif-ves en mal de travail. Oui, doublement, et je suis loin d'être le seul. Le travail, étymologiquement tripálĭus du latin tripálĭum (« instrument de torture à trois poutres »), rappelons-le en ces temps où la crise a bon dos alors que les entreprises du CAC 40 n'ont jamais fait autant de profits, entraîne des wagons de burn-out à force d'être pressés comme des citrons jusqu'au pépin. Et ça m'a viscéralement rendu malade.

Les nuits lilloises ou la politique du pilonnage

Si je voulais rigoler, je n’écrirais pas ce billet. En revanche c’est bien parce que je tenais à m’amuser, avec et comme d’autres, que je me suis pointé rue Henri Kolb dans la nuit du samedi 11 janvier. Hélas, ce qui semblait être une soirée foutrement festive a pris l’allure d’une confrontation directe avec les forces de l’ordre. Car nous n’avons plus le droit à nos nuits.

Au revoir LSD, bonjour Guarana : Fête de la vielle à roue à Anost !

Confortablement installé à oilpé dans une rivière des Cévennes à me faire dorer la pilule en sirotant mon troisième pastis de la matinée, le signal strident de mon oreillette bluetooth me sort d'un semi-sommeil éthylique. « Letartier ! Jack à l'appareil !! » Et merde, le Directeur ne prend pas de vacances !

Une journée sans frontières

Il est des histoires sur lesquelles on ne peut décemment écrire … puis partir. Il est de ce ces histoires qui transpercent le ciel pourri d’un mardi de pluie battante. Cette histoire, que je vous prolonge aujourd’hui, est toujours celle de ces 120 Roms installés à la bourse du travail de Lille.

À Lille, la mairie et l'État jouent au ping pong avec les Roms

Au début de cette histoire, c'est une simple et – malheureusement – banale évacuation d’un camp de Roms. Lundi matin, 250 personnes sont expulsées d’un parking avoisinant l’université scientifique à Villeneuve d’Ascq. Un collectif de soutien, présent depuis le début, a cherché des solutions, et via les réseaux syndicaux, 90 Roms atterrissent à la flambant neuve bourse du travail à Fives. Une délégation syndicale, appuyée par un rassemblement de soutien, était reçue ce mercredi à la mairie de Lille, la bonne occasion d’en savoir plus. Alors j’ai mis ma capuche, enfourché mon vélo, et m’y suis rendu dare-dare.

Pourquoi cou(v)rir le Semi-Marathon de la Braderie de Lille ?

Le reportage sportif doit être le plus noble des styles journalistiques. C’est en tout cas un point de vue que j’ai été forcé d’adopter quand, après trois heures de sommeil éthylique, le réveil m’a ébranlé vers sept heures de la mat’. Quand, pour être plus exact, je me réveillais dans l’unique but – et c’est là le plus troublant – de couvrir le Semi-Marathon de la Braderie de Lille. Autrement dit une course de 21 100 mètres remuant, en même temps, 5224 joggers. Et Simon de Bavoir, mon confrère, mon ami, en était. Oui, De Bavoir. Pour tout ça, en me réveillant ce matin-là, la gueule en vrac, je n’avais qu’un seul problème en tête : mais bordel, pourquoi ?

Hip hop et autoproduction : terreau fertile et artisanale méthode !

À l'occasion de leur dernier opus, Chronique de la Mouette, le collectif de hip hop Metapuchka rappelle, à sa manière, l'existence d'une scène indépendante et autoproduite. Entre démerde pour trouver un lieu de concert et bons plans pour concocter un album à la mesure de leurs désirs, le crew lillois empreinte les chemins de traverse de celles et ceux qui essayent de concilier plaisir et démarche consciente. La semaine dernière, ces artisans de l'utopie donnaient rendez-vous pour discuter autour de l'autoproduction. Alors j'ai enfilé mes baskets, mis ma capuche et foncé voir ce que les rappeurs lillois avaient à dire.

Lille-Sud : Le développement durable à la hache

C'était un vendredi. Un vendredi en début d'après-midi, pour être exact, et donc à un moment où la sacro-sainte sieste s'insinue doucement dans mon esprit. C'est comme ça à chaque fois, alors que mes yeux se plissent doucement, bercés par la voix de Joël Collado, que je me vois déjà en train de courir nu dans un champ de blé… Mon téléphone sonne une fois, deux fois, et je finis par répondre : « Bruegel, c'est horrible. Horrible ! » « Mais de quoi tu me parles nom de Dieu ? » « C'est horrible je te dis : ils sont en train d'abattre tous les arbres de Lille-Sud ! »