Le linge sale de l’ENL

La galette du roi

• La rumeur prend de plus en plus et c'est toute la communauté éducative de l'ENL (École Néogonzo de Lille) qui s'inquiète. Le Directeur de l'École, récemment accusé de prendre ses quartiers à La Laiterie de Lambersart, aurait été vu cette fois-ci, et pas plus tard que le week-end dernier, à la Gare Saint-Sauveur, lieu très branchouille de la métropole lilloise. Escorté d'un stagiaire, le Directeur voulait sûrement faire profiter le jeune sous-fifre de toute son expérience en matière de beuverie ultramondaine, tel un "type branché". Malheureusement, le poids des ans aidant, le Directeur a fini par se résoudre à la dure réalité : après quatre bières à peine, et alors qu'une bonne vieille sortie se profilait, l'homme qui couvre les marathons a commencé à tituber, cherchant désespérément son souffle. Puis, s'appuyant lamentablement sur le bas-côté, il lâcha une grosse galette en pleine rue.

Il était à peine minuit. Accompagné du regard étonné de son stagiaire, il s'en est piteusement reparti à son domicile. Le Directeur ne cesse depuis d'accuser un énième complot mafieux au sein même de l'École, qui viserait à le déchoir de son poste. Affaire à suivre. •

Communiqué de l’ENL : conseils pour lire Lille43000.com

• Afin d’aider à la compréhension des articles et brèves publiés sur Lille43000.com ‒ nous savons, oui, que tout n’est pas toujours très lucide dans ce que nous écrivons, et heureusement ! dirait notre regretté Bertoni  ‒, et même pour mieux entendre le nom de ce site, il est tout d’abord judicieux de lire ou relire « Lecture du journalisme Gonzo ‒ mode d'emploi » concocté par le Dr Thompson en 1971, dont voici un extrait (tiré de Gonzo Highway : Correspondance de Hunter S. Thompson) :

« Le journalisme gonzo ‒ tout comme le son en dimension 4 de la quadriphonie ‒ existe à divers niveaux : il est moins "écrit" que mis en scène ‒ aussi faut-il en faire l’expérience. Il ne s’agit pas seulement de "lire".

En outre, l’expérience doit être faite dans des conditions approchant le plus possible celles de la performance originelle. C’est pour cette raison que la rédaction a accepté de transmettre ces conseils de l’auteur aux lecteurs qui auraient envie de "faire l’expérience" dans les "conditions optimales". Nous vous les livrons sans commentaire ‒ & assurément en nous gardant bien de vous conseiller de les mettre en pratique.

Donc : lire tout d’une traite, à grande vitesse, du début à la fin, dans une grande pièce garnie d’enceintes, amplificateurs & autre équipement sonore approprié. Il est également souhaitable qu’il y ait un grand feu dans la pièce, de préférence dans une cheminée ouverte ‒ un feu de tous les diables, quasi incontrôlable. »

Ceci dit, cet extrait ne suffirait pas car le Dr Thompson, bien que visionnaire, n’avait pas tout prévu et surtout n’est, à notre connaissance, jamais venu à Lille ‒ ce qui est le plus délicat dans cette histoire. Voici donc cinq conseils supplémentaires :

1) (Ce premier point est un préalable pour lire du 43000 de façon générale tout le restant de votre vie) Venir à Lille ‒ si vous y êtes déjà, ce petit 1) n’est pas à prendre en compte. Une fois que vous y êtes, contactez le directeur de l’ENL, M. Jack de L’Error, qui vous donnera RDV dans un lieu que nous devons garder secret. Avoir, alors, au maximum 15 euros en poche, au minimum 3 euros. Pour la suite, surprise, mais nous pouvons vous assurer que vous n’en aurez pas fini avant sept heures de la mat’ et que vous atterrirez inexorablement sur le canapé-mousse de M. le directeur en vous demandant comment vous vous appelez.

2) Brancher la télévision ‒ si vous n’en avez pas, il va falloir y penser sérieusement ‒, de préférence un combo TV-magnétoscope de petit format, volume à fond, sur BFM TV. Si vous vous trouvez à Lille à ce moment, sur Grand Lille TV. Éviter Ruht ElKrief et/ou Wéo TV.

3) Surtout : jamais, jamais, jamais ne prendre la moindre drogue.

4) Prendre connaissance des fiches biographiques des élèves de l’ENL, auteurs des publications de Lille43000.com. Chaque texte s’aborde différemment car chaque élève a vécu une vie bizarre différente. Ceci peut paraître étrange, mais c’est toute l’histoire de l’humanité qui se joue ici.

5) Lire, précisément, 43 fois le même texte. Certes c’est rébarbatif, mais pour le comprendre il n’y a, véritablement, pas d’autre solution. Le lire 42 fois conduirait à rater l’élément essentiel, le point névralgique de tout ce bazar. Le lire 44 fois conduirait directement à l’HP. Donc attention !

Toute l’équipe de rédaction espère sincèrement que ces indications vous aideront à mieux nous suivre. Sinon, pas sûr qu’on se revoie. •

L'Enterrement de Samuele Salvatore Bertoni

• Cimetière du Verano, Rome, Tiburtina, 13 juin 2013, 12h00.

Plus de 200 personnes, réunies dans un entrelacs de joie et de peine, pour incinérer feu Samuele Salvatore Bertoni, avant de répartir ses cendres entre air, mer et terre.

Du beau linge, parmi lesquels des anarchistes et des squatteurs, de Rome à Bruxelles, des Arabes de Corfou, des Slovaques d'Oslo, des Lillois d'Aveyron, des Romaines de Sicile, de Naples... Des jeunes, des vieux, venant parfois de très loin, comme le chef de la section RG de Lille, le commissaire Compatissons, le directeur de publication de Beijing News et le rédac'chef de The Nation. Comme sa mère, aussi, d'une exemplaire digne tristesse, véritable mère courage d'une vie, et à présent d'une mort.

Ses proches, des bouts de famille, et ses amis, camarades, ont fait la route ensemble, en une caravane de crêpe noire et de klaxons internationaux...

Pas de dernier repas, pour cette mort sans préméditation (selon le Corriere della Sera du 07/06/13, une enquête a été ouverte pour déterminer exactement la nature mécanique de l'accident). Pas de poules, pas d'oies, pas de vaches, mais des femmes.

17 femmes, ex, compagnes d'un jour ou épouses légitimes, pleurent en se serrant la main (Mesdames Sophie F, Cécile, Ligia, Evolene, Silvia, LID, Irene, Iris, Zoé, Chloé, Aurelia, Cokhalouf, MHF, Fred, Chantal, Mag°0, Sophie D). Peu d'enfants, ou en tout cas pas les siens, Bertoni ayant opté très tôt (17) pour la liberté amoureuse, mixte, totale et définitive. Et pour la vasectomie, donc [1].

Un cercueil, recouvert des armoiries de la Marine Nationale du Libéria, ainsi que du drapeau noir frappé du logo des squats, sobrement soulignés d'une bannière de la bière des 3 Monts, recouvrent le corps du défunt journaliste néogonzo.

On tirera, à l'issue de la cérémonie laïque, des feux d'artifice au-dessus du cimetière, pendant qu'au même instant on tirera à balles réelles sur la façade de Casapound. Tout ça arrosé de litres de 3 Monts, à déguster entre personnes choisies, sans modération. Comme la liberté.

(Plus de 200 personnes...)

Pas de dernier repas, et pas de plage de Sète, donc, puisqu'aucune supplique en ce sens n'a jamais eu le destin saugrenu de germer dans la gueule de cet ivrogne de sagesse, pour qui le deuil, c'est avant tout dans la tête... Pas de plage, mais l'ombre centenaire des pins parasols romains, embaumés d'un jasmin estival, comme ultime demeure...

Une fin de concession sans compromis, pour un vagabond d'un monde à ciel ouvert.

(Fin de concession sans compromis, pour un vagabond d'un monde à ciel ouvert.)

Extraits Dossier de Presse :

· La Brique : « Au-delà de nos dissensions, c'est un camarade et ami qui disparaît, sans qui La Brique aurait été... très différente. Elle est un peu orpheline, aujourd'hui. On se souviendra, nostalgiques, de ses coups de gueule féroces, comme de son indéfectible amitié. On ne dévoiera jamais cet héritage. Wallah. »

· Rivarol : « On s'est resservi 3 fois de la choucroute ! »

· E & R : (sans commentaires) (mais quand même :) « Il était au B'nai B'rith, Bertoni, nan ? »

· Vlaams Huis : (en aparté :) « On a eu chaud... » ; (au micro :) « Il nous aurat pas survécus long temps, lol... alors hein, arretez maintenant… »

· Le Min.Int. (UMP) : « Une bonne chose de faite » (Cité par Libération).

· La Mairie de Naples (PD) : « Ma che schtoukazz' ! » (Cité par La Repubblica).

· Le Washington Post : « What a nice day to die, today, isn't it, Mr. Huntington ? »

· Le Huffington Post : « Sam "HuntingtoWn" Bertoni's work was an antidote to Huntington's "civilization's clash" crap idea. We'll miss him. »

· Le Fig-mag : (ont applaudit, puis craché en l'air en rotant) « On va pouvoir rebosser tranquilles. »

· Citylights.cinema : « Un partage des pellicules avalées qui nous manquera beaucoup ».

· Rouge : « Ce sale petit-bourgeois l'était bien moins que nous, par la barbichette de Léon. Un bon anarchiste est soit mort, soit au NPA ».

· Demorand, pour Libé : « à Libé, on comprenait pas sa colère... ni ce qu'il écrivait ».

· Cap'tain Cœur-de-Blues : « Qui c'est qui va me botter le cul, à présent ? »

· Jack de L'Error : « Merde, où a-t-il bien foutu ses derniers textes, pardieu ? »

· Mélissa Manchette : « Mon mari aurait aimé lire ses 43000 Stéradians... »

· Fred Lacluysse (Lille43000) : « Je suis rentrée chez moi (…) oublier que Bertoni était mort. »

· Sa dernière compagne : « Samuele ne viendra plus, maintenant. Vous pouvez rentrer chez vous ».

*    *

*

 

Dernière minute :

À l'heure où nous mettons sous presse, la veuve de Samuele nous a fait parvenir son dernier ordinateur. Il était verrouillé par un mot de passe, qu'elle seule pouvait connaître : « 3mbrasseLesChats,ò_monAmouR ».

Les 43000 stéradians, mystérieusement disparus depuis la refonte du site (une enquête est ouverte, on vous dit), et dont le dernier billet, cet été, est paru dans les pages du Père Projo, ces 88 recensions de films sont enfin retrouvées.

Elles accompagneront les huit articles et son film sur le site de Lille 43000 nouvelle formule. Si en fouillant les tiroirs du défunt, on continue d'en retrouver, pour des films sortis avant ou après sa mort, on préviendra nos chien-ne-s d'infidèle-s lecteur-euse-s.

On met tout ça en archives sous peu, définitivement et gratuitement consultables ici, jusqu'à la fin des temps, ou la fin d'Internet...

RIP HuntingtoWn. •


[1] Il comptait racheter le groupe DurexTM, ayant appris que les fossoyeurs de la RU 486, les catholiques des labos HoechstTM, comptaient continuer le sabotage en règle de cette même liberté en s'en emparant. La Lotta Continua...

Épuisement nerveux à l’École Néogonzo de Lille

• « Y’en a marre de ces conneries ! » Hier soir, le directeur de l’ENL a littéralement pété un câble. En effet, depuis sa réconciliation retentissante avec le Capitaine Cœur-de-Bœuf, M. de L’Error doit supporter celui-ci dans un tête-à-tête de plus en plus pesant. De-Bœuf, quant à lui, n’a pas l’air de s’en rendre compte, tout obnubilé qu’il est depuis son retour par un obscur article sur un bidonville tout aussi obscur. Article qui, selon ses dires, va « faire chier un paquet de monde dans son froc ».

Après plusieurs jours de tension palpable entre De L’Error et De-Bœuf, tous deux enfermés dans les locaux de l’école, à la façon d’un inquiétant huis-clos, le premier a donc signifié au second qu’il en avait assez de cette situation. Voici comment la scène s’est déroulée. Le Capitaine était en train de délimiter, grâce à Paint, un bidonville sur une photo des années 1930. Parallèlement et dans un monologue sans concession, il racontait au directeur le film qu’il venait de visionner, à savoir Le Grand Soir « des mecs du Groland avec Poelvoorde et… euh… euh… Dupontel ». « C’est l’histoire du plus vieux punk à chiens, a-t-il expliqué, le mec il s’appelle NOT et il l’a tatoué sur son front, et il coiffe sa crête avec de la 8.6 et après y’a une scène où pendant cinq minutes montre en main ils parlent en même temps à leurs pères et donc on comprend rien du tout ! Ça dure deux heures et j’ai pas vu la fin… » Puis il a lancé « Get lucky » de Daft Punk pour la 110e fois sur son ordinateur. C’est à ce moment précis que M. de L’Error s’est écrié : « Tu me fais chier ! Tu entends ? Tu me fais chier ! J’en peux plus de ton putain de bidonville à la con ! Sale timbré de monomaniaque ! »

Comprenant rapidement les tenants et les aboutissants et redoutant un nouvel incident diplomatique avec De-Bœuf, M. de L’Error a alors pris les devants en décapsulant une Chimay bleue et en la tendant à son acolyte. Et de proposer : « Écoute, De-Bœuf, m’est avis qu’on a besoin d’un peu de vacances. Rester à Lille pendant le mois d’août, y’a pas à chier, c’est pas humain. Alors, voilà ce que je te propose : on ferme l’école, on prend la baleine, et on part rejoindre les autres ». Les « autres », autrement dit les élèves de l’ENL éparpillés actuellement un peu partout en France.

Un peu à contrecœur, mais percevant parfaitement la nécessité de tenter le tout pour le tout, le Capitaine a accepté l’offre. Dès demain, le secrétariat de l’école sera donc inaccessible mais son site web continuera, tant que faire se peut, de voguer tranquillement. Nos deux aventuriers prennent la route et personne ne sait à l’heure actuelle lequel des deux en reviendra indemne. •

De-Bœuf sauve De L’Error d’une mort certaine ou le grand retour du Capitaine Cœur-de-Bœuf à l’ENL

• « Chaque histoire a ses retournements les plus improbables. On se souviendra de celle-là ! » Hier, dans les locaux de l’ENL, le Directeur n’en revenait toujours pas. Les faits ont de quoi surprendre : victime d’une lâche agression terroriste dans la nuit de dimanche à lundi, M. de L’Error a été sauvé in extremis par le Capitaine Cœur-de-Bœuf, « ennemi public n°1 » depuis un mois. Mais les détails rapportés ne laissent pas de doute sur leur véracité.

À deux heures, dimanche matin, le directeur de l’ENL, de retour chez lui après avoir vaillamment défendu le prestige de l’école dans une demi-douzaine de rades différents de Wazemmes, est tombé dans un guet-apens. À quelques mètres de son entrée, quinze hommes cagoulés et armés de battes et de chaînes l’ont encerclé. Ils auraient alors déclaré quelque chose d’incompréhensible et se seraient revendiqués d’un certain « Koumité de soutien ». En tous les cas, ces individus ne s’intéressaient pas à son portefeuille mais semblaient plutôt en vouloir à sa vie.

M. de L’Error, qui avait sans doute mal saisi la gravité de la situation ou qui était tout simplement bourré, a répliqué sans articuler : « Prés’tez-vous, chacals puants ! J’vous préviens, si v’voulez en découdre, j’ai étudié l’style Niten Ichi Ryu, et j’vous emmerde, salauds ! Allez, v’nez, un par un ou tous ensemble, comme vous préférez ! » Alors tout est allé très vite. Les hommes ont foncé sur le Directeur, qui allait se prendre la dérouillée de sa vie, mais un cri grave et sinistre, comme extirpé de l’au-delà, les a stoppés tout à coup. Une forme s’est révélée au loin, puis une silhouette suivie d’une ombre gigantesque s’est approchée rapidement. Au même moment, des bouteilles de Chimay bleue leur tombaient sur la tête, comme du ciel. Le cri se faisant plus horrible encore à mesure que la silhouette se rapprochait, les lâches agresseurs ont pris la fuite. Sonné, M. de L’Error a relevé la tête :

« Jack !

– …

– Jack ! Ça va ? C’est moi !

– …

– Jack, putain, c’est De-Bœuf !

– … Espèce de petit salaud !

– Oh !

– … Robert Wyatt… t’as Wyatt ?

– Non… mais qu’est-ce tu m’parles de Wyatt là ?!

– … Ordure…

– Voilà comment tu remercies celui qui t’sauve la vie. Ces mecs voulaient ta peau. T’as d’la chance que j’étais dans les parages…

– … Hum ?

– Ces mecs voulaient ta peau ! Je t’attendais depuis une heure… faut qu’je te parle, Jack.

– Rob… Wya…

– Tu m’fais chier avec Wyatt à la fin, merde ! Écoute-moi… »

Il semble que le Directeur ait alors perdu connaissance, et personne ne sait ce qu’il s’est passé après. Mais M. de L’Error a fait savoir ce matin, par voie de communiqué, que le Capitaine Cœur-de-Bœuf était réhabilité dans ses fonctions, sans autre commentaire. Il est difficile à l’heure actuelle de comprendre ce revirement de la direction, d’autant que, de source sûre, De-Bœuf serait loin d’avoir fini son papier sur Wyatt. Ceci dit, ce dernier évènement peut nous laisser espérer une sortie heureuse d’un conflit qui affecte l’ENL depuis plusieurs semaines. •