Communiqué de l’ENL : « On a retrouvé le Directeur »

• Depuis plusieurs semaines, les meilleurs limiers de l’école étaient sur la trace du Directeur, disparu il y a deux ans. On savait la nouvelle imminente, et aujourd’hui nous sommes en mesure de le confirmer : nous l’avons retrouvé.

C’est Esteban, guérillero de renom, qui a mis la main dessus. Intrigué par une voiture rouge recouverte d’herbes folles, au bord d’une route de la campagne belge, il s’est approché et a reconnu illico la mythique 309 « bestline » 1992 du Directeur – « Ma qué sé la baleine rouge ! » s’est-il exclamé. Selon lui, « Jack se terrait dans oune monastère abandonné dou Brabant wallon et il avait oune sale gueule ». Cheveux et barbe longs et sales, visage émacié, vêtements déchirés et malodorants, Esteban ne l’a d’abord pas reconnu. Le Directeur occupait la seule pièce qui disposait encore d’un toit, même s’il menaçait de s’effondrer. Il était recroquevillé à côté d’un feu. Autour, le sol était jonché d’os et de restes d’animaux divers. Forcé de se rendre à l’évidence, Esteban a essayé de lui parler, mais le Directeur restait mutique, ne levant pas les yeux, comme s’il était devenu sourd. Au bout d’un moment, il a regardé Esteban, son visage s’est contracté et il s’est mis soudain à crier : « Putain de merde ! Mais putain de merde ! Mais quels cons ! Mais quelle bande de cons, bordel de merde ! Fait chier ! » Esteban lui a alors prodigué deux paires de claques, ce qui l’a fait taire mais aussi projeté au sol. En se relevant, le Directeur a saisi un paquet de feuilles à côté de lui et l’a tendu à Esteban. Puis ce dernier l’a attrapé au corps pour le remettre debout, le conduire à sa voiture et le ramener à Lille. Toujours silencieux, le Directeur n’a pas protesté.

Esteban l’a déposé chez lui, où il s’est endormi aussitôt sur son canapé. Évidemment, il ne lui a pas annoncé l’abolition récente de son poste de Directeur : « Il faut attendre », explique Esteban, « dans son état ça pourrait lé touer ». Le document récupéré est en ce moment-même examiné de près par les analystes de l’école. Mais il semblerait qu’il s’agisse d’un manuscrit d’une vingtaine de feuillets quasiment illisibles, bouffés par le sable et tâchés de whisky. « C’est peut-être un reportage », confie Bruegel de Bois, « mais il faut rester prudent. On en saura plus dans pas longtemps. » L’enquête suit son cours. •

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