Belle Épine

Stéradian publié initialement le 25 juillet 2012

Rebecca Zlotowski

L. Seydoux / A. Demoustier / A. Schlencker / A. Sigalevitch / J. Libéreau / G. Gouix / N. Maury

« Y r'vient quand, ton daron ? ‒ Je sais pas... Putain la chance. J'donnerais tout pour avoir un appart' comme ça avec personne qui me fasse chier... »On a tout dit, ici. Une lycéenne laissée en confiance à la maison, pour cause de décès, (re)découvre le Rungis de ces late 70's, ses loubards, ses rituels frimeurs, ses pépées qui découvrent le monde, sur de faux airs de Woodstock, et de vrais airs de crise. Ceux qui connaissent la ville de Thiais savent combien ce titre est celui d'un des 1ers centres commerciaux parisiens, de vagues souvenirs me font surtout me rappeler de couleurs psychées, oranges et bleues, de fontaines intérieures carrelées d'azur, et de néons. Le nom, une odeur de mythe. Poétiquement, comme l'indique l’atmosphère, de fauche, de fugue, de questions, de sentiments, de concurrence ado, de secrets de frangines, de bandes desquelles faire partie, ça risque un peu de piquer comme une épine, et d’être beau pour ça (ça doit vouloir dire aussi qu'au milieu de la violence qui couve, y ait la drogue, bientôt, qui guette, libertaire... mais pas cette fois). Belles, ce sont ces ados, dures et désireuses, rebelles, déjà, tant, et soumises sans trop de complexes à ce monde de nuit et de peur qu'on croit si différent de la bourgeoisie de papa. Laisser l'appart' en main à sa fille, en fait une précoce squatteuse, parce qu'elle s'y dévergonde ? Ou une précoce résidente « secondaire », aux frais de la princesse ? Aux sons synthés originaux du mélanco-rock du Rob, on pense aux chansons de Renaud, d'Aubert, de Thiéfaine. Aussi aux vieux logos d'une TF1 encore publique (en fait ce sera l'A2), alors qu'elle dégueulait déjà ces « marlous », ses enfants, et aux bédés de Margerin, aussi, bananes gominées et cuirs chromés, en moins drôle, pourtant. Prudence est juive, pour ajouter au contraste, son « daron » est bien tradi, comme un appel naturel à la transgression. Rungis, encore boisé de ses alentours, fumant et grondant enfin de ses circuits de bécanes, où on cherche son James Dean, son apache sulfureux, son héros, celui qui nous emmènera loin, sur sa bécane, au moins jusque... à la mer. Et on l'entrevoit, celui-ci, le seul bleu-jean dans un troupeau de cuirs noirs, comme à la crèche, viril comme un fumeur de Marlboro, brun comme la nuit, mécano comme un chef. On le reverra vite, on le sait. Prudence et Marilyn, comme une bible et un cinéma. La soeurette joue, d'un trait fuyant la tristesse, la sonate pathétique de Ludwig von B. au piano, d'une rare beauté, comme cette sage sœur (A. Sigalevitch herself). La moto c'est pratique, ça fait peur, on s'agrippe, ça rassure. Ce qui rassure aussi, c'est qu'une bande de copains et une fille, ça permet de changer de mec, vite fait. Ça doit être ça la liberté, mais ça marche rarement pareil, dans l'autre sens, quoi qu'il paraisse. Passer pour une « grosse salope » ? Et en quoi c'est un problème ? Ça l'est qu'entre meufs, ou ça l'est, tout court ? L'exégèse du cousin ashkénaze et rebelle, d'Abigail et David l'a bien prévenue, notre Prudence : face avec toi, c'est une perche qu'on te tend. Pas tout pigé de la fin, les paraboles, moi... salut à toi, jeunesse des 80's.

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