Le ventre des prisons

Il y a quelques heures, au tribunal correctionnel de Lille, un prévenu se présente en audience les mains menottées dans le dos. Il a déjà été condamné début août à six mois de taule pour des vols et comparaît aujourd’hui pour des faits similaires. Pauvre, il a déclaré à l’époque qu’il revendait ce qu’il volait « pour pouvoir vivre ». Le président, qui ne se souvient plus de la peine qu’il lui avait réservée la première fois, se rappelle néanmoins de l’aspect physique du prévenu avant son incarcération à Sequedin : « Vous avez pris combien de kilos depuis que vous êtes incarcéré… ? Parce que la dernière fois qu’on s’est vus vous étiez beaucoup plus maigre… » Et, se tournant vers le public, d’en conclure : « C’est la preuve qu’ils sont bien nourris à Sequedin ». Cynisme ? Humour mal placé ? Un peu plus tard on apprendra que le prévenu, détenu depuis quatre mois, a eu un suivi psychologique… parce qu’il s’est automutilé dans sa cellule. La prison ne nourrit pas, c’est elle qui se nourrit. De vies humaines.

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