La Gare Sauve qui peut (encore)

« Nous sommes en 1667, les troupes de Louis XIV assiègent Lille ». Voilà comment débute le petit film concocté pour accompagner l’exposition sur la Gare Saint-Sauveur intitulée « Raconte-moi la gare Saint-Sauveur », produit par la SPL Euralille, société d’aménagement. Une douce voix, un aspect ludique pour retracer l’épopée lilloise, son agrandissement, « l’effervescence de la révolution industrielle », ou encore la « tertiarisation ». Tout cela est instructif, et vous pouvez vous rendre au « bistrot Saint-So » et notamment au joliment dénommé « Bar des mémoires ». Le hic, qui n’est pas qu’un détail, c’est que lorsqu’on s’essaye à l’exercice historique, on évite d’avoir la mémoire qui flanche. Ainsi, dans le film, rien n’est dit des florissants cafés qui entouraient la gare, véritables mémoires ouvrières. Plus grave, rien n’est dit sur la gare Saint-Sauveur pendant l’Occupation, lieu de transit vers Fives et Malines puis Auschwitz pour les soixante-dix juifs de Lens, raflés le 11 septembre 1942. À cette occasion, « cent cinq agents français ont aidé à quadriller le quartier à Lille », rappelait l'historien Yves Le Maner (qui soulignait aussi l’aide des cheminots de Fives pour que les enfants, essentiellement, puissent s’échapper). Peut-être que les concepteurs de cette vidéo ont jugé que ce n’était pas assez ludique. Ce qui est sûr, c’est qu’effacer une partie de l’histoire quand on prétend justement la raconter, cela s’appelle, au pire, du négationnisme, au mieux, de l'incompétence.

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