La Dépêche au chevet de ses amis

Au nom de la démocratie, le grand quotidien du midi ne mâche pas ses mots. Ni pour défendre Cahuzac, un homme seul contre tous, qui souffre, mais qui reste debout et digne. Ni pour pleurer l'un des gros patrons du Sud, Pierre Fabre qui a bâti un empire à la sueur de son front et de ses milliers de salariés.


• Un certain J.-L. A, dans La Dépêche du 16 juin 2013, n'y est pas allé de main morte dans sa défense du pauvre Cahuzac. Alors que ce dernier s'abstient logiquement de se présenter à la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, J-L rencontre le pauvre homme : « Ce n'est rien de dire qu'il le vit mal, "ce vote, un déchirement". La voix est cassée, la douleur est palpable. La politique c'est toute sa vie, alors quand tout s'arrête pour les raisons que l'on sait, c'est comme un abîme qui s'ouvre. Le néant. » Oui c'est déjà fort de café, mais J-L peut faire encore mieux. Il nous raconte que l'ancien ministre fraudeur sera « fidèle à son camp », ajoutant « puisqu'il n'est pas un jour, une seule heure, sans que le nom de Cahuzac soit livré, pour quelques raisons que ce soit, dans les médias du monde entier, il subit, "c'est dur", admet-il. » Le mec, le bourgeois socialo, il ment à toute la France pendant des mois, il place un gros magot en Suisse, du fric qu'il a dû récolter suite à quelques allers-retours avec des labos pharmaceutiques... et le journaliste qu'est-ce qu'il fait ? Il en rajoute ! « Son quotidien, "c'est de travailler à [s]on livre". Seul. Sans intermédiaire. "Il devrait paraître en décembre." Une thérapie. Pour commencer une autre vie ? » Alors là, c'en est trop, c'est une blague, pas possible !? Alors Jean-Luc, avoue ! Ce papier, c'est pour faire réagir, c'est de la provoc', et, foi de Bavoir, je suis tombé dans le panneau ?

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Mais, mais... Voilà qu'un certain J.-S., son collègue de la colonne d'à côté, fait dans l'humour également. Envoyé spécial dans les rues de Villeneuve-sur-Lot, le journaliste parvient à trouver des pro-Cahuzac comme Lucette : elle lui raconte qu'elle aurait voté pour lui car il a fait une connerie, mais « il a apporté beaucoup ici ». Ou encore un papy qui évoque un complot médiatique : « Ils font tous pareil mais on coince Cahuzac parce qu'il a avoué ». Un patron de bar lui confie cependant que ses clients sont tous « écœurés ». On ne saura pas pourquoi. Parce que Cahuzac est une crapule ? Mais non, La Dépêche se refusera à l'insulte, au lynchage, cet homme ne le mérite pas. Le reste de cette double page est donc du même acabit : S.D. rappelle la « traque des paparazzis » envers l'ancien ministre de la rigueur budgétaire, sa méthode pour « fuir la pression », en tentant de « trouver refuge chez des amis ». Là c'en est trop, la larme à l’œil, je me souviens que La Dépêche est dirigée par Baylet, le chef du Parti radical de gauche (sic), un parti de la majorité gouvernementale. Baylet est donc en quelque sorte un ex-collègue de Cahuzac. Il ne va donc pas s'acharner sur un proche ! Au final, les politiques anti-sociales du gouvernement se poursuivent avec le nouveau ministre du budget, Cahuzac va sortir un best-seller dont il réservera les meilleures pages à La Dépêche, et tout le monde sera content, à commencer par le Front National qui continuera à se faire mousser avec ce score de 46 % des voix réalisé à Villeneuve-sur-Lot.

À ce moment-là, le lecteur se dit : c'est bon, La Dépêche c'est des vendus, on a compris, au suivant. Mais je ne peux m'empêcher : tel De L'Error scotché à BFMTV, ce dimanche matin me voilà encore sorti du kiosque La Dépêche sous le bras. En Une : « Pierre Fabre, MORT D'UN GRAND PATRON ». Ce 21 juillet, « le journal de la démocratie » cire les pompes du cadavre. En y mettant une attention toute particulière. Le texte de Une annonce un mec « parti de rien », pour fonder l'un des « fleurons de l'industrie pharmaceutique ». Classique. La suite l'est moins : l'édito titre « Un Ami », et parle d'un « industriel visionnaire », une « réussite exemplaire qui a su rayonner sur les cinq continents », un « regard lucide sur le monde »,une « fondation pour le tiers monde », preuve « d'intelligence et d'humanisme », « un homme simple et sincère devenu grand capitaine d'industrie. » Le reste de la double page poursuit la haie d'honneur pour ce patron d'une multinationale employant 10 000 personnes et connu pour murmurer à l'oreille des politiques. Tout est bien ficelé, les syndicats n'ont pas été contactés, ce patron est formidable. Pour ceux et celles qui n'avaient pas deviné, Fabre était administrateur et actionnaire de La Dépêche. •

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