Pourquoi, diable, ce con de Vercingétorix a-t-il perdu contre César ?

C’est une question, comme une autre d’ailleurs, qu’il est légitime de se poser. Et même si vous, tendres lectrices et lecteurs, qui lisez ce billet, vous vous en tapez comme de Cneius Domitius Ahenobarbus – ce que je peux comprendre – et que vous vous demandez ce que peut bien faire un tel texte sur le site de l’École Néogonzo de Lille (ENL), sachez tout de même que Vercingétorix a perdu la guerre contre César en l’an 52 avant le Christ Tout Puissant. Autrement dit il y a 2062 années de cela. Vous pouvez vous dire, et je ne le prendrais pas pour une moquerie, que c’était il y a bien trop longtemps pour susciter un quelconque intérêt chez une personne équilibrée ou normalement constituée. Certes, mais dans ce cas, gardez bien à l’esprit que les dinosaures ont régné sur la Terre pas moins de 160 millions d’années… et que, par conséquent, ces pauvres 2062 années qui nous séparent de Vercingétorix ne représentent rien, ou pas grand-chose, sur la ligne du temps qui passe. C’est un peu comme si c’était hier, quoi, enfin presque. Mais bref ! Je m’égare.


• Je disais donc : pourquoi ce mec a-t-il perdu la guerre ? Pourquoi ce mec, que l’on nous a présenté à l’école comme notre-ancêtre-à-tous-et-à-toutes, pourquoi s’est-il ratatiné comme une merde devant Caius Julius César le Romain ? A mes yeux – légèrement fatigués à l’heure tardive où j’écris, je l’avoue –, s’il n’avait pas perdu de la sorte, le monde dans lequel nous vivons actuellement aurait une toute autre allure. Le problème c’est qu’avec des « si », vous savez ce qu’on dit, on pourrait le refaire à souhait, ce monde, justement. Par conséquent, je vais éviter de trop parler sur les possibles que nous avons manqués. Et me concentrer sur les faits.

A la fin du mois d’août de l’an 52 avant le Christ Sexiste mais Tout Puissant, donc, Vercingétorix installe son armée dans la ville des Mandubiens que l’on nommait à l’époque Alésia. Ça se situe, en tout cas c’est ce que disent les plus spécialisés des plus éminents spécialistes de mon cul, sur le Mont Auxois, à Alise Sainte-Reine, au centre de la Côte-d’Or, en Bourgogne, vous voyez où, quoi, vers là où il y a du vin… Vercingétorix et ses camarades sont environ 80 000 brutes épaisses assoiffées de sang romain. Dehors, César fait construire un siège gigantesque. Il n’a pas vraiment le choix ; ces hommes, petits Latins civilisés rompus aux délicatesses du vin italien, ne sont pas plus de 50 000 – bon, j’exagère un peu car les légionnaires étaient réputés pour être surentrainés, hyper-costauds et vachement agressifs ; mais soit, considérons-les comme de petits Latins… Effectif dérisoire, donc, d’autant plus que Vercingétorix a envoyé des messagers dans tous les pays gaulois pour annoncer le combat qui se profile. Il est bientôt rejoint par 250 000 hommes dont 8000 cavaliers… Ça parait fou – enfin je veux dire que ça me parait complètement dingue, mais vous, vous faites ce que vous voulez, hein –, mais dites-vous que ces chiffres ne proviennent ni des syndicats, ni de la police. En fait c’est bien pire, ces chiffres sont les estimations de César lui-même, cet enfoiré d’envahisseur ! Si l’on s’y fie, sachez donc que la bataille d’Alésia a engagé 330 000 Gaulois contre à peine 50 000 Romains… Et pourtant Vercingétorix, ce con, a perdu.

Cette image est un fake : en vrai, Vercingétorix n'avait pas de moustache, ni de barbe et encore moins de dread locks...

Alors pourquoi, nom de Zeus de merde – pardonnez ma grossièreté ? Déjà, je vous vois venir gros comme des maisons, vous allez sûrement me dire que Vercingétorix a vraiment été trop con de s’enfermer comme ça dans une ville alors que le Romain, autour, était en train de bâtir des murs et creuser des fossés comme on n’en a jamais vus de si grands. C’est clair que c’est jamais très bon de se laisser encercler, voire enfermer par des mecs dont les tronches ne nous reviennent vraiment pas – c’est du moins ce qu’on se dit quand une bande de CRS nous fonce dessus. Mais ceci, en réalité, n’était pas une erreur de Vercingétorix – comme ça pourrait nous arriver d’en faire devant la bande de CRS citée plus haut, n’est-ce pas ? Car, je vais vous en boucher un coin, ça faisait partie de sa stratégie. Eh ouais ! Depuis qu’il avait pris la tête de l’insurrection, depuis huit mois, il avait procédé – en même temps qu’une guérilla acharnée et constante – comme suit : d’abord il s’enferme dans une ville, laissant les Romains se fixer autour ; puis il lance dans les campagnes la politique de la « terre brûlée » pour affamer les légionnaires – dites-vous, au passage, que pour se nourrir une armée de 50 000 Romains prend ou vole, là où elle se trouve, cent tonnes de blé par jour ; enfin, il fait appel à une armée extérieure qui a pour mission de frapper les Romains à revers. Et je peux vous dire, vous me croyez ou vous me croyez pas, que jusqu’à Alésia, cette stratégie avait fichtrement bien marché !

Je vous lasse sans doute, car vous avez compris que c’est toujours la même question qui revient, sans relâche : pourquoi, alors que les Gaulois étaient six fois plus nombreux que les Romains, qu’ils combattaient chez eux et que la stratégie de Vercingétorix était redoutable, pourquoi, nom de Zeus, pourquoi Vercingétorix a-t-il perdu ? En vrai, j’en sais foutrement rien ! Mais je peux quand même, avant de vous quitter, vous donner une piste qui, je l’espère, vous aidera dans le combat que vous menez. Le problème, en fait, est que l’armée extérieure – 250 000 hommes, donc, venus en aide à Vercingétorix – a trop tardé pour rappliquer ses fesses. Commandée par quatre hommes issus de peuples différents qui ont sans doute mis un certain moment pour dépasser leurs propres divergences et se mettre en marche comme un seul homme, l’armée de secours est arrivée quand la ville d’Alésia était déjà affamée et assoiffée. Elle est arrivée quand César finissait de dresser un siège infranchissable. C’était déjà trop tard ! En outre et carrément par-dessus le marché, ce bâtard de Romain comptait parmi ses troupes des peuples venus de l’autre côté du Rhin, des Germains. Des Germains, des casseurs de grève (euh… ndlr), des briseurs d’insurrection, qui se sont laissé soudoyer par le conquérant au lieu de s’unir avec leurs voisins, leurs frères et sœurs. Ils allaient bientôt le regretter à leur tour. Voila tout.

Si je vous fais chier et que vous avez peiné pour aller jusqu’au bout de ce texte, dites-vous, juste pour la fin, qu’on a quand même passé un petit moment ensemble, vous et moi. Chouette, non ? Et que moi, je voulais juste savoir, nom de Zeus, ceci : pourquoi des peuples venant de divers horizons mais s’unissant pour une même cause, pourquoi des peuples qui sont six fois plus nombreux que leurs ennemis, pourquoi de tels peuples peuvent-ils perdre ? Et aujourd’hui : pourquoi 3,5 millions de personnes issues d’une multitude de « secteurs » divers et variés, unies dans une même lutte, peuvent-elles se faire mater par quelques milliers de légionnaires « républicains » ? Quand ils vous encercleront, ce que je ne vous souhaite absolument pas, souvenez-vous alors de cette armée de secours qui a trop tardé, en 52 avant notre ère, à venir botter le cul des Romains… •

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