Calais et ses « agités » du Parti de l’Ordre

Ce week-end à Calais, un hangar, un simple hangar de 600 m2, a été assiégé par les forces de l’Ordre. Loué par l’association « SOS Soutien ô sans-papiers » afin de permettre à des militants « No Border » de résister, au sens large, aux funestes politiques des frontières, le lieu a été vidé de façon expéditive. Étaient-ils en train de constituer une cellule terroriste ? Ou d’ouvrir un nouveau Sangatte, tel que le Parti de l’Ordre l’a prétendu ? Non, bien sûr que non. Ce qui s’est passé ce week-end doit se résumer avec les mots de la militante Zetkin : « Deux jours de combat pour boire un thé ».


• « La police a évacué dimanche le hangar de la rue Cronstadt moins de 24 heures après son occupation par quelque 90 clandestins, essentiellement Afghans, et des militants altermondialistes. » Voilà comment Nord Littoral – papier toilette du Groupe Voix du Nord – synthétise l’opération policière entreprise ce week-end à Calais[1].

Dimanche, à 15h45, le site de La Voix du Nord titrait aussi sur l’« occupation d’un hangar par des migrants à Calais ».

D’« occupation », il n’est pas vraiment question. Le hangar était loué depuis quelques jours, bail signé, « papiers » en règle. Or tout cela est précisé dans les articles des journalistes, qui le savent parfaitement puisqu’ils suivent l’affaire « de près » depuis le début.

Ainsi, le 29 janvier, La Voix du Nord traitait-elle du « hangar de la polémique » en posant une question primordiale : « Comment va réagir l'État face à cette provocation ? ». Au final, que l’on se rassure, « l'État, de son côté, ne laissera pas un seul migrant pénétrer dans l'enceinte du bâtiment, c'est certain. »

C’était certain, en effet.

Mais les blogueurs de La Voix du Nord ne s’attendaient peut-être pas à tant de fermeté de la part de l’État. Dimanche, après une journée de siège, les forces de l’Ordre leur ont carrément interdit de mener librement leurs « reportages » de guerre. Interventions des légions, périmètre interdit aux médias : en ce jour de messe, l’État ne voulait pas de matraquage à la télévision.

Alors tout de suite, je me demande – bien naïvement, certes : n’est-ce pas principalement dans les bonnes vieilles dictatures que l’on rencontre des zones prohibées aux journalistes ?

Résumons les faits brièvement.

L’association « SOS soutien ô sans-papiers » louait depuis peu un hangar à Calais, dans lequel les militants du réseau « No Border » souhaitaient ouvrir un lieu de lutte, de débats, d’échanges ; en somme, un îlot de résistance contre la tyrannie des frontières, partagé autant par les militants que par les « exilés ».

De facto, le Pouvoir a directement réagi en accusant les « No Border » d’avoir l’intention de créer un nouveau Sangatte, dans un bâtiment n’étant pas aux « normes ».

Malgré cela, l’espace a ouvert samedi, dans son droit. Or le local mis à disposition par la mairie dans le cadre du plan grand froid, venait d'être fermé. Autant dire que dans ces conditions, le froid étant toujours bien violent dans le coin, le hangar allait logiquement recevoir du monde pour sa première soirée.

Et les CRS n’ont pas manqué au rendez-vous.

 

Le siège se sera étalé sur le week-end. Avec, au final, une évacuation manu militari, menée avec toute la « délicatesse » qui a fait la réputation des Compagnies Républicaines de Sécurité.

Dans sa générosité, l’État a exaucé les prières de la maire ultra-UMPiste de Calais, Natacha Bouchart, réclamant dès samedi que « dans les 24/48 heures le problème soit réglé ». Pour cette sarkozyste pur jus, l’important était de ne pas se laisser « manipuler politiquement par des agités qui viennent faire de la provocation et qui risquent de provoquer des réactions extrémistes ».

Prenez le temps de relire cette phrase. Imaginez une voix criarde, un visage rouge de colère... Une telle phrase ne peut-elle être proférée que par une personnalité en proie à une forte agitation ? Et quand Madame-Le-Maire affirmait l'an dernier que la population calaisienne « est en plus grande difficulté que les migrants », ne s'aventurait-elle pas dans quelque sombre provocation ?

Bref, passons.

Donc, selon la propagande du Parti de l’Ordre, les « No Border » sont des « agités », des « provocateurs », qui suscitent des « réactions extrémistes ».

Et c’est cette propagande qui a envoyé récemment deux militants au tribunal.

Lors d’une manifestation organisée cet été durant la tenue du camp « No Border » à Calais, ils avaient été interpellés par des policiers qui s’étaient empressés, selon la coutume, de porter plainte pour rébellion. Les « victimes » policières n’étaient pas présentes au procès,  ni représentées, et les débats qui se sont déroulés le 3 février dernier au TGI de Boulogne semblent discréditer totalement la thèse de l’« agitation » ou de la rébellion des interpellés.

Le procureur, qui n’a donc pas pu entendre les « victimes », a tout de même requis un mois de prison avec sursis. Coupables ou non, le Pouvoir veut condamner.

Je finis ici – un peu brusquement, je dois l’avouer, car je n’ai plus le temps d’écrire – par une ultime interrogation : qui sont les vrais « agités » de Calais ? Ceux qui répriment à tour de bras ou ceux qui subissent la répression ?

Et je ne doute pas, lecteurs et lectrices bien aimés, qu’en fouillant comme je l’ai fait les billets postés sur Indymedia et les quelques articles du Groupe Voix du Nord, vous y répondrez bien mieux que ce que livre le titre de ce billet. •

Images : Rini Templeton


[1] Le pire, c’est que dimanche matin, on ne pouvait même pas se torcher les fesses, ni avec ses pages colorées et molletonnées, ni avec aucune des pages éditées par le Groupe Voix du Nord, « en raison d’un arrêt de travail dans son centre d’impression ».

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