Pas de doute : Monsieur Pierre de Saintignon est un « socialiste »

Ce n’est pas dans nos habitudes de porter secours à un élu. Seulement, dans le cas présent, il fallait bien que quelqu’un se mouille. Il fallait bien que quelqu’un réponde aux nombreuses interrogations que les électeurs lillois se posent quant à la pensée politique du bras droit de Madame-le-Maire. Encore hier soir me questionnait-on à ce sujet : « Penses-tu, Jack, que Pierre de Saintignon soit vraiment socialiste ? » Eh bien, chers lecteurs et lectrices, voici ce que je suis en mesure d’affirmer : oui, Monsieur de Saintignon est un socialiste. Un vrai.


• Lundi 7 décembre 2009, le patronat lillois s’est invité à l’Hôtel de Ville pour défiler en grand apparat. Au bord du tapis rouge déroulé à cette occasion et à côté du tambour de ville, un homme, Pierre de Saintignon, n’a pu cacher son enthousiasme et étouffer ses vivats. Mus par l’abondance de liesse, les patrons de Carrefour, Transpole, France Télécom, la Caisse d’Épargne, etc., se sont empressés de s’autoproclamer « entreprises solidaires lilloises ».

C’était une « grande » soirée. Un de ces évènements de taille que Martine Aubry affectionne particulièrement.

Aussi, au cours de ce rendez-vous mondain, le champagne faisant son bonhomme de chemin, Monsieur de Saintignon a-t-il balayé d’un revers de main ce qu’il lui restait de décence : « Si le monde entier avait les chefs d'entreprise du Nord - Pas-de-Calais, nous n'aurions jamais connu la crise financière ». Car, pensait-il devoir le préciser, « ils placent l'homme au cœur du processus » (Nord Éclair, 09/12/09).

Si vous avalez de travers, demandez à ce qu’on vous tape dans le dos.

Mais attention, n’allez pas nourrir des rumeurs, ou tirer des conclusions hâtives : non, Monsieur de Saintignon n’est pas un affreux jojo de l’UMP. Il est bel et bien « socialiste ». Et non seulement il l’est, mais il l’est d’autant plus que son corps est socialiste, son âme est socialiste, sa cravate est socialiste et, fait inéluctable, son double-menton est aussi socialiste. Oui, m’dame.

Je vous le dis, et je m’en porte garant.

Laissez-moi vous expliquer ce qui me permet de l’affirmer.

Tout d’abord, son incontestable dévouement, valorisé par une inestimable abnégation.

C’est-à-dire que :

Pour la modique somme de 2420 euros par mois, Monsieur de Saintignon assure la tâche ô combien complexe de 1er adjoint à la mairie de Lille, en charge de l’économie et des finances – et de bien d’autres choses tout aussi complexes.

Pour la modique somme de 3677 euros par mois, Monsieur de Saintignon se démène, tel un lion dans l’arène, en tant que vice-président du Conseil Régional, délégué au développement économique – et moult autres choses qui ne feront qu’allonger son interminable hagiographie.

Pour la modique somme de 1354 euros par mois, enfin, Monsieur de Saintignon, ce Saint Homme, s’échine sans manifester le moindre signe d’épuisement au poste de Conseiller délégué auprès de la présidente de Lille Métropole Communauté Urbaine.

Au total, pour un cumul de trois mandats politiques, notre homme empoche un joli salaire mensuel brut de 7451 euros[1]. Et si ça ce n’est pas du socialisme, alors je ne m’appelle plus Jack de L’Error. Oui, m’dame !

Vous n’êtes toujours pas convaincus, je le sens, et je vais de ce mot continuer mon raisonnement. Car je le répète, sacrebleu, Monsieur de Saintignon est vraiment socialiste.

Hormis cette très louable abnégation, ce dévouement – oserait-on dire – « excessif », le Saint Homme peut se guinder, pour reprendre une formule gratifiante de La Voix du Nord, de « sa connaissance impressionnante de la sphère économique » (15/03/09).

A n’en point douter, il est de la trempe résolument « socialiste » d’un DSK, puisqu’une calculette ne lui sert strictement à rien dans l’addition de ses diverses rémunérations. Et c’est bien parce qu’il parvient à comptabiliser de tête des nombres à quatre, cinq, six voire sept zéros, que « les patrons lillois disent pouvoir parler d'égal à égal » avec lui (Le Point, 12/06/08).

Or, pour ces derniers, pour ses « égaux », dès qu’ils l’invitent à leurs conférences-buffets pour lui remplir la panse de petits fours, Monsieur Pierre de Saintignon promet, jure et crache le cœur sur la main que « tous les outils de la Région sont mobilisés à tout moment » (La Voix, art. cit.).

A connaissance impressionnante, dévouement, encore une fois, impressionnant.

Ainsi estimé pour sa grandiose maîtrise de l’algèbre, l’humble Monsieur de Saintignon ne fait pourtant pas grand cas de sa « vraie passion » pour l’économie. Et c’est très regrettable, car ses trop rares analyses économiques délivrées en public ne trouvent pas leurs pareilles. Oui, m’dame.

Analyses dignes d’un bon et vrai socialiste.

En bon et vrai socialiste ragaillardi par la crise, notre homme fustige « ce capitalisme financier scandaleux qui va faire place, on l'espère, à un capitalisme raisonnable » (La Voix, art. cit.).

En bon et vrai socialiste, donc, il se battra bec et ongles pour instaurer, l’espère-t-il, un « capitalisme raisonnable ». En bon et vrai socialiste, il pourfendra le « capitalisme financier scandaleux ». Et c’est très précisément cela qui fait de lui l’archétype du bon et vrai socialiste ; je veux bien entendu parler de son honnêteté on ne peut plus honnête.

Honnête dans son combat contre le « capitalisme financier scandaleux », donc, fin et respecté économiste, génial calculateur de tête et responsable omniscient des finances de la métropole, c’est avec un sincère étonnement – indéniable marque d’honnêteté – qu’il a appris de Rue89 que « la communauté urbaine de Lille s'est largement financée grâce à des emprunts à très haut risque […] des placements indexés sur des devises exotiques, très rémunérateurs en période de croissance. Et très dangereux en période de crise. »

Voilà pourquoi Monsieur Pierre de Saintignon est un véritable socialiste : il cumule des mandats et les salaires qui vont avec, apporte un soutien inconditionnel au patronat, souhaite renforcer un « capitalisme raisonnable » au lieu de concevoir un socialisme socialiste, et rebondit sur la crise économique pour faire croire aux électeurs que lui et son parti détiennent l’alternative au « capitalisme financier scandaleux ».

Alors qu’ils n’en sont que les pions.

Avec tout ça, comment peut-on encore douter ? •


[1] « Revenus des élus de Lille et ses environs », Capital.fr.

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