Expo T.A.G. au Grand Palais. Graffiti mondain

« Plus de 80 000 visiteurs en 5 semaines se sont pressés pour découvrir la collection Gallizia  !  » C’était au Grand Palais, haut lieu de la « CULture » parisienne. Un grand prince s’est payé le luxe de réunir, dans une grande exposition, des centaines de toiles bombées par les « héros » de l’histoire du « graffiti new-yorkais ». Vieux d’une quarantaine d’années, ce mouvement apparu dans les couches sociales les plus défavorisées des métropoles américaines, a tristement été récupéré par la grande bourgeoisie, friande d’art « déviant » ou d’« art-de-la-rue ». Histoire d’un détournement… subtil.


• Énorme succès. « Triomphe ». L’exposition de la collection de l’architecte Alain-Dominique Gallizia, ouverte du 27 mars au 3 mai derniers, aura fait consensus. Le principe est simple : un grand mécène commande des toiles aux plus grands noms de l’histoire du « graffiti new-yorkais » et propose au ministère sarkozyste en charge de la culture de les exposer dans une salle du Grand Palais. Nouvelle parodie d’« ouverture » en direction d’une « contre-culture » manipulée jusqu’à présent par la gauche « branchée ».

 

La (re)définition bourgeoise

Samedi 30 mai, l’émission Alternatives sur France Inter est consacrée à cet « événement ». L’animatrice Laurence Pierre pose le postulat : « Le graffiti est-il soluble dans l’art contemporain ? […] Comment et pourquoi le street art, art de la rue et graffiti, est-il en train de passer à la postérité vingt ans après son émergence sur les murs de New York ? » Trois acteurs renommés du mouvement et le seigneur Gallizia sont invités à répondre. Julien, le journaliste, interroge ce dernier : « Pourquoi avoir intitulé en fait cette exposition « T.A.G. » pour tag et graffiti [Tags And Graffiti] alors qu’on parle pour… enfin pour un néophyte ça passe, mais pour quelqu’un qui s’y connaît un tout petit peu, on parle de deux choses très très différentes ? » Et Gallizia de préciser que, pour les formes récentes de graffiti, « Le seul terme fédérateur que je connaisse c’est street art […]. »

« Street art » alors. Art de rue. Voilà un terme qui ne veut absolument rien dire, ou plutôt tout, mais dont certains collectionneurs raffolent. Très chic, « bourgeois ».

Dans les faits, ce terme a participé de l’institutionnalisation du mouvement, totalement incontrôlable à ses débuts. Grâce à cette étiquette, l’« art » que des adolescents des ghettos new-yorkais ont inventé, seuls et sous les coups de matraque de la Police, a pu intégrer le marché et la communication culturelle de l’État. Et accepter sa sujétion.

La définition du terme « graffiti » est pourtant claire : « Aujourd'hui, il est généralement admis d'appeler graffiti tout dessin et toute inscription non officiels se trouvant sur une surface, architecturale ou autre, dont la fonction principale se distingue de celle des supports habituellement employés pour le dessin et l'écriture. Le plus souvent ce sont des surfaces fixes et verticales »[1]. Passant, il ne sert strictement à rien de « remonter peut-être à Lascaux » comme le suppose Gallizia, puisque les peintures rupestres, semble-t-il, émanaient essentiellement de l’expression officielle du groupe social (scènes de chasse par exemple).

Le « tag » et/ou le « graff », qui consistent à écrire son nom ou pseudonyme sur les murs et mobiliers urbains, font partie de la grande famille des graffiti[2]. D’ailleurs, les premiers acteurs du mouvement le dénommaient par un seul et unique terme : graffiti writing. Ils n’étaient ni « tagueurs », ni « graffeurs » ou « graffiti-artistes ». Ils étaient simplement des « écrivains de graffiti », des writers. On a commencé à parler du graffiti comme une discipline à partir de l’émergence du graffiti writing. En ce sens, une exposition qui a pour ambition d’exposer officiellement le « tag » ou le « graffiti » sur des toiles, est par essence grotesque. Et purement mensongère.

Le graffiti writing – qu’il serait aujourd’hui plus convenable d’appeler « graffiti new-yorkais » –, est passé en quelques dizaines d’années du statut de délit, de pratique déviante, parfois de « crime », à celui d’« art d’État ». Et d’art de la bourgeoisie. Ce passage « en force » est le résultat de la redéfinition du mouvement par les pouvoirs publics, imprégnant les médias dominants.

Au début des années 1990, les institutions[3] qui avaient déclaré quelques temps auparavant une véritable « guerre » contre le phénomène, ont accepté l’évidence : il allait être fortement difficile de venir à bout de cette « épidémie » par la seule voie pénale. En les sanctionnant, les autorités ne faisaient que générer de nouvelles générations de writers, chaque fois plus téméraires.  Or poser un contrôle impliquait pour les autorités une réappropriation sémantique du mouvement. Une « officialisation » de cette « contre-culture », de fait, « non officielle ».

Dès lors s’est opérée une scission entre d’un côté l’« art du graffiti », que l’on appelle aujourd’hui « street art », et de l’autre, « tag », « vandalisme », « incivilités »… Les institutions, avec le concours des médias, ont opposé les « artistes » capables d’intégrer – par des évènements, des ateliers, des réalisations de fresques « légales » – leur « contre-culture » à la « CULture », aux « délinquants » qui préféraient pratiquer là où leur discipline avait été inventée, dans la rue, sur les rames de métros, trains, etc., hors de tout contrôle.

Bientôt les mairies mais aussi le ministère de la culture allaient être pourvus d’un budget dédié aux « cultures urbaines » pour subventionner ces « nouveaux artistes ». Parallèlement, les budgets alloués au nettoyage des murs, à l’« éradication des tags », n’ont pas cessé d’augmenter pour atteindre aujourd’hui des sommes pharaoniques[4].

Tronqués par le discours dominant, les writers qui ne formaient qu’un seul groupe, ont accepté, presque sans en avoir conscience, la scission de leur discipline. Ils sont devenus soit des « vandales », soit des « artistes ». En réalité ils venaient de subir une censure formidablement subtile.

 

Une histoire sans histoire

Le collectionneur Gallizia, au « moi » visiblement surdimensionné, explique sur les ondes de France Inter que, pour les writers, son exposition « a consisté à laisser une trace de leur œuvre dans l’histoire à travers moi et à travers notre projet commun […] ». Il est assez significatif, et paradoxal si l’on s’en tient à ses propos, que son exposition n’ait laissé aucune place à l’histoire du graffiti new-yorkais. Aucun élément pédagogique n’a été prévu pour expliquer clairement le déroulement chronologique du mouvement, l’évolution des styles, son intégration à une société totalement ignorante à ce sujet.

Pourtant Gallizia explique dans le catalogue de l’exposition que « Le résultat en est une histoire sur l’histoire elle-même […] ». Une histoire bien insolite à vrai dire. Sans date, sans définition, sans la moindre volonté de faire comprendre au « néophyte » pourquoi l’on peut parler d’un « avant » et d’un « après » graffiti writing.

Par exemple, les visiteurs pouvaient observer, en début de parcours, les toiles d’un certain Taki 183… sans comprendre le rôle majeur que ce writer a joué dans l’éclosion du phénomène à New-York. Ou encore, un peu plus loin, celles d’un certain Bando… sans être mis au courant de ce qu’il représente dans l’importation du mouvement en Europe. Et, par là même et à un moindre degré, dans l’américanisation de l’Europe occidentale. Non, cette exposition officielle n’avait pas tant d’ambition. Il s’agissait juste de montrer des toiles, quasiment toutes sans intérêt esthétique, dans le seul but de montrer des toiles. De définir arbitrairement le tag comme un « art contemporain ».

Gallizia explique au journaliste de France Inter que, grâce à lui, les autorités « vont enfin comprendre que cet art ne se développe pas n’importe où. Il se développe principalement sur des territoires qui ont été abandonnés par la ville. La ville - comme la SNCF, tous les grands propriétaires terriens – n’a plus les moyens de gérer tous ces espaces. Elle ne fait que du premier œuvre, […] le béton, et le second œuvre ils le font pas […] le graffiti devient un second œuvre dont la ville doit prendre conscience qu’elle a besoin. Qu’elle a besoin parce que, elle a besoin comme dans toute terre en jachère de découvrir et d’y installer de nouvelles cultures. » De cela, la ville et autres institutions en ont conscience depuis longtemps. Bien conscientes que cette discipline découlant directement de quartiers populaires – juste pour le cas des États-Unis –, pourrait servir à la « réhabilitation » de certains espaces. Parfois même de quartiers centraux.

Mais cet usage que les autorités font de l’« art des ghettos » n’est pas apparu comme un cheveu sur la soupe. Il résulte de… l’histoire. L’histoire d’une guerre déclarée par les pouvoirs publics contre des nouvelles générations qui évoluaient hors de leur contrôle. On comprend alors mieux pourquoi Gallizia n’a pas exposé l’histoire du mouvement, l’histoire de cette guerre, mais juste son aboutissement ultime : la défaite d’une pratique émancipatrice. Une histoire sans histoire n’offusque personne.

 

La guerre est déclarée

Il y a vingt ans maintenant, cette même radio, France Inter, invitait dans ses studios Bernard Gantois, responsable RATP de la lutte contre les tags : « Les tagueurs n’admettent pas, disait-il, que l’on donne des panneaux à ceux qui font des fresques, parce que ça leur donne une chance de se commercialiser et de se faire de l’argent. »[5] La RATP, en France, est la première institution à avoir déclaré la guerre contre le graffiti writing. Guerre subtile menée sur plusieurs fronts.

Arrivé en Europe en 1982-83, ce n’est qu’à partir de 1985 que le phénomène a totalement éclos, pour se répandre partout dans la région parisienne. Jusqu’à cette année, les writers parisiens étaient peu nombreux, se contentaient de bomber certains murs bien ciblés et, finalement, passaient assez inaperçus. Ainsi TF1 offre-t-elle l’antenne durant une année à la culture Hip Hop[6] ; Libération s’extasie dès 1981 en publiant trois volets sur cette formidable contre-culture américaine, inventée par les enfants du ghetto[7] ; Le Monde, de la même façon, salue volontiers « l’odyssée du graffiti »[8].

Même la RATP, au début de l’année 1985, en est encore à s’amuser de l’apparition de ces nouveaux graffiti. Dans un de ses périodiques, on y rencontre en photo un wagon de métro recouvert par un graffiti assez gros, « Joyeux Noël », accompagné d’un personnage dessiné, avec ce commentaire de l’auteur de l’article : « Des artistes anonymes ont décoré à leur manière un train de la ligne 8 »[9].

Des « artistes », et non des délinquants. « Ont décoré », et non dégradé. Néanmoins cet état d’amusement ne dure pas longtemps, puisque dès cette année la communication institutionnelle change de ton. Dans un communiqué, on lit à présent : « La direction générale de la RATP ne peut qu’être opposée au phénomène « graffiti » dans ses emprises et dans ses véhicules. En effet, même lorsqu’ils se veulent une forme d’expression artistique, ce qui est loin d’être le cas le plus fréquent, les graffiti portent atteinte à l’intégrité du patrimoine. »[10]

Dès lors, la RATP va fustiger et tendre à criminaliser les writers. Pour y parvenir, l’institution investit les médias et cherche à convaincre certains adolescents que s’ils veulent faire de l’« art », des murs leur seront offerts pour qu’ils puissent pratiquer en toute légalité. Mais l’on ne cherche pas vraiment à faire du graffiti writing un art officiel, qui aurait sa place dans un musée ; il reste un enfantillage. Car comme l’explique Bernard Gantois, « Le tag est fait sans risque, en dix secondes et sans aucune qualité artistique. […] Les tagueurs mettent quelquefois des semaines à mettre au point leurs tags, ce qui n’est tout de même pas la caractéristique de quelqu’un chez qui le génie coule. »[11]

Le graffiti writing et sa répression se durcissent en 1987, quand 395 writers sont interpellés par la Surveillance générale de la RATP (contre 77 en 1986). En 1988, ce chiffre passe à 524[12]. L’institution condamne « le développement des graffiti [qui] peut créer un sentiment de malpropreté, voire de malaise psychologique »[13]. Quelques années plus tard, on ne parlera plus de « sentiment de malpropreté » ou de « malaise psychologique », mais de « sentiment d’insécurité »[14].

La bataille est commencée. L’enlaidissement de la ville est la faute des writers. Des délinquants. Des jeunes qui appartiennent souvent à d’obscures bandes, les « zulus ». Il faut les « éradiquer », jusqu’au dernier. La préfecture de Paris, déjà en charge de la répression, rejoint les rangs de la lutte communicationnelle : « Tous les jours, on peut constater l’invasion des graffiti qui enlaidissent la ville en souillant les lieux publics et privés, ouvrages d’art, mobilier urbain, etc… »[15]

Le Nouvel Observateur ou encore Le Point publient des dossiers sur ces « zulus » qui inquiètent de plus en plus les Parisiens[16]. Et dès 1989, Le Monde, sous la plume d’Alain Faujas, intègre dans ses colonnes les communiqués de la RATP : « 35 millions de dégâts en 1989, la RATP aux prises avec les tags » (04/05/1989) ; « L’insécurité dans les transports parisiens. M. Blanc, PDG de la RATP, annonce un plan contre la délinquance » (03/07/1989) ; « Profession : chasseur de tags » (12/10/1990) ; « La RATP intensifie sa lutte contre les barbouillages » (30/03/1991). Ces quelques articles rappellent à chaque fois ce que coûtent les graffiti à la RATP. Ils suivent en quelques sortes la brèche ouverte en avril 1989 par La Vie du Rail qui faisait exploser en « une » un énorme : « Le coût du vandalisme » (13/04/1989).

 

De la guérilla à l’insécurité

Mais ce « débat de société » reste pour l’instant confiné à une petite sphère parisienne. Les writers n’abdiquent pas, ils se « vengent » même, en « cartonnant » d’autant plus. Ils enlaidissent, dit-on ? Soit. À ce petit jeu, ils sont les plus forts, et vont le prouver. Nous rentrons alors, en cette fin de décennie, dans une seconde phase de guerre : celle de la guérilla et du terrorisme visuel. Changement d’attitude. Réaction. Il faut frapper fort sans se faire attraper.

Les nouvelles générations ne le savent peut-être pas, mais le métro de Paris comportait depuis son ouverture une première et une seconde classes. Et c’est évidemment la première, éminemment symbolique, que les writers ont choisi de « marbrer ». En guise de réponse aux « provocations » de la RATP. Près de 80 % des graffiti s’y concentrent[17]. Le coût, tant budgétaire que psychologique, est énorme, et en 1991, le PDG Christian Blanc décide de rendre les armes : il annonce la fin des classes dans le métro.

Première victoire pour les writers. Une belle victoire, presque « politique ». Mais il ne faut pas s’arrêter là. L’abolition des classes n’a pas véritablement trouvé d’écho. Il faut frapper encore plus fort, pour montrer qu’ils ne se plieront jamais à quelconque encadrement de leur discipline. La RATP criait aux délinquants, elle doit affronter désormais des « commandos ».

Un plan se prépare. En douce. Tous les cadres du graffiti writing parisien sont dans le coup. Cette fois, ils veulent passer à la télévision. Ils veulent les JT de 20 heures. Ces jeunes qui ont bien connu, pour certains, ou ont au moins rencontré, pour d’autres, les combats de rues antifascistes des années 1980, éprouvent une aversion totale envers Jean-Marie Le Pen et son « F-Haine ». Chaque année, ils le savent, au premier mai, il y a la commémoration de la mort de Jeanne d’Arc. Et chaque année, les JT en diffusent quelques images.

Un des principaux instigateurs du plan en gestation se souvient : « Les gars [la RATP] faisaient sortir les métros défoncés par les tags mais pas les métros peints. Le métro peint était plus beau, mais il marquait une telle prise de contrôle sur certains éléments de la société que c’était pas tolérable. Les gars de la RATP faisaient partir les métros peints au nettoyage et ne faisaient rouler que les métros détruits par les tags, trop sales. Moi, je me suis dit : « vous ne voulez pas voir la différence entre le beau et le laid, moi non plus ! ». C’est devenu une guerre et, comme toute guerre, les bombes s’abattaient partout ! […] On devait être soixante, il y en a eu cinquante et, au final, quarante-sept nous ont lâchés. Donc, on avait encore plus la haine ! On voulait juste un impact. Le but, comme c’était la veille du 1er mai, c’était de passer aux infos avant le défilé de Le Pen. Ca n’a pas raté ! On a fait la une et Le Pen est passé en second ! »[18]

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1991, trois writers (dont un est mineur)pénètrent dans la très chère station Louvre/Rivoli, sur la ligne 1. Ils recouvrent les murs et les reproductions de statues, de graffiti, de tags, et signent : « Qui sème le vent récolte la tempête ». Le message est clair. Le coût s’élève à 500 000 francs. Les médias sont alertés. Comme prévu.

M6, FR3, TF1 et A2 consacrent des sujets sur cette « attaque ». France Soir donne une description de l’« épouvantable gâchis » de la station Louvre « défigurée », orchestré par un « commando »[19]. Le Parisien rapporte que « c’est à l’ouverture des grilles que l’on a découvert le triste spectacle », le « saccage de la Station Louvre »[20]. Libération s’en amuse encore puisque la station a été « redécorée » (03/05/1991). Le Quotidien de Paris rappelle qu’« une nuit a suffi aux vandales pour ravager ce bel ensemble », victime des « agressions des gangs armés de bombes fluo »[21]. Pour Le Monde, « la station Louvre [est] victime de “taggers” » (O4/05/1991). Michel Cohen Solal sur RTL annonce que « des vandales surnommés tagueurs ont à nouveau frappé » (01/05/1991). Éric de Riedmatten se rend sur place pour Europe 1 : « La bande de tagueurs qui a sévi n’a rien épargné. Tout y est passé. Une stèle de Charles V badigeonnée à la peinture violette, le roi Salomon barbouillé de pied en cape, la déesse Aménophis III, Artémis, Toutankhamon souillés eux aussi par les vandales » (02/05/1991).

VSD se met sur le coup et parvient à mettre la main sur un des membres de ce « commando ». Lui propose un portrait. Le jeune accepte et voit quelques jours plus tard sa photo étalée sur deux pages dans un hebdomadaire national, largement diffusé. Selon ses propres propos – difficile de vérifier –, les journalistes lui auraient assuré de cacher son visage à la publication. En fait, ils venaient de faire le travail de la Police[22].

Le matin du 18 juin, la Police judiciaire débarque aux domiciles des trois jeunes. Perquisitions. Gardes à vue. Ils sont déférés le 20 juin au parquet[23]. Et pour la première fois[24] en France, des writers sont envoyés en prison.

Valeurs actuelles publie un mois plus tard une enquête à la tonalité détestable, intitulée « Le métro de la honte » et bourrée de grossiers amalgames (15/07/1991) : « Les trains de cinq wagons, y lit-on, entièrement maculés de graffiti. Des clochards ivres vautrés dans les anciennes première classe. De jeunes quémandeurs brodant tous le thème : « Je sors de prison, je n’ai ni travail ni domicile. » […] La RATP prévoit un budget de 70 millions de francs pour effacer des graffitis cette année ! La seule rénovation de la station de prestige Louvre, saccagée dans la nuit du 30 avril au 1er mai, s’élève déjà à 500 000 francs. Bien des méfaits spectaculaires de ces vandales venus de banlieue ne sont pas divulgués. […] Le fait est exact, dit M. Kozar [chef de la sécurité RATP], mais toute publicité stimule les « taggers » et favorise leur recrutement. […] Mais il faudrait que les juges soient sévères à leur égard, […]. » L’hebdo conservateur rappelle dans cette enquête que les nombreux appels à la grève des syndicats de la RATP, « nouveauté », « ont l’insécurité pour motif ». Ainsi, dans un même papier, retrouve-t-on pêle-mêle les notions de « graffiti », « marginalité », « banlieue »… « insécurité ». Bienvenue dans les années 1990.

Le Railway Gazette titre dans son « yearbook » de l’année 1991 : « Europe faces up to the graffiti menace ». Le Graffiti writing ? « Crime not art »… La question est tranchée.

 

Jack Lang, banlieue « radical chic »

À gauche, ça s’agite. Surtout au ministère de la culture, incarné par Jack Lang. On cherche à temporiser. Outre-manche, à l’inverse, on commence à infester Londres de caméras de surveillance. Le Times titre un article : « Paris loses its war on graffiti », et ironise légèrement sur Jack Lang, « défenseur suprême du chic radical », qui « a parlé du tag comme d’une forme élevée d’art urbain, louant de “jeunes créateurs bourrés de talent » (21/09/1991).

Le ministre de la culture s’intéresse en effet de très près à ce nouveau phénomène « urbain » – l’on dit même que cela vient des « banlieues » ! C’est chic. Libération résume l’état d’esprit des milieux « CULturels » de l’époque : « Comment faire venir les jeunes banlieusards dans les musées, sinon en leur montrant que leur production y a droit de cité ? » (10/01/1992)

Quelques semaines après le « choc » de la station Louvre, Jack Lang se lance dans l’aventure, et, quelques dix-sept années avant le seigneur Gallizia, offre au graffiti writing une place de choix dans un musée prestigieux. L’expo « Graffiti art » se tient dans le Musée national des Monuments français, au Palais de Chaillot, du 5 décembre 1991 au 10 février 1992. Un des éminents représentants du mouvement parisien, passé au statut d’« artiste », affirme alors : « Cette exposition, c’est la mort du graffiti » (Ibid).

Le Monde s’interroge : « Les ”taggers“ entrent au musée. Qui piège qui ? » Et de continuer, avec une pertinence toute relative : « Les fresquistes sauvages des banlieues ont droit exactement au même dispositif sociologico-ethologique à bon marché que les “primitifs” au Musée de l’homme. On reconstitue en contreplaqué leur environnement ”hip-hop“, on bricole un fond sonore “hip-hop“ convenablement pittoresque et tonitruant, on prélève des détails qui font vraiment “hip-hop“ et, pour ajouter à l’illusion, un petit morceau de rame de métro “hip-hop“ est disposé dans le musée. N’est-ce pas ingénieux ? N’est-ce pas joliment calculé ? On sait le résultat : anesthésie des œuvres sous couvert de “reconnaissance“, mise sous cloche, déréalisation immédiate, simulacre, spectacle mort. » (28/12/1991)

Ce contrôle par l’encadrement socio-culturel du mouvement n’est pas vraiment une nouveauté. Il a été mis au point quasiment au même moment que le nettoyage systématique des surfaces. Lorsque, par exemple, la RATP commande, au milieu des années 1980, le design de titres de transport à Futura 2000, writer new-yorkais déjà célèbre pour son entrée dans le marché de l’art. « Graffiticket », véritable campagne de communication. Ou l’ouverture en mars 1988 d’un musée international du graffiti dans la campagne angevine. Ou encore l’expérience de la mairie socialiste de Boissy-Saint-Léger (94) qui offre les murs de certains bâtiments délabrés (comme le centre social), dès la fin 1988, aux writers de la ville. Le Monde note que cette mairie « a décidé de détourner à son profit une forme de délinquance en endiguant les ardeurs artistiques ou contestataires des jeunes de la cité » (21/09/1989). « Détourner à profit », « endiguer les ardeurs »… contrôler une nouvelle génération.

Mais le mois de janvier 1992 va révéler une autre saveur. Réplique du mois de mai 1991, en plus violente. Dans la nuit du 10 au 11 janvier, la station Louvre-Rivoli est à nouveau « bombardée » de peinture. Avec elle, cette fois, une autre station : Ourcq. Puis la nuit suivante, trois encore : Solférino, Rue-du-Bac et Assemblée nationale. La RATP répond d’abord par la promptitude et nettoie quatre des stations avant la fin du week-end. Irrité, le directeur du département métro de la RATP vitupère : « Certains taggers qui exposent en ce moment au Trocadéro, à l’initiative du ministère de la culture, se sont vantés d’avoir participé au graffitage de la station Louvre-Rivoli au printemps dernier »[25].

Le lundi 13 janvier, Le Parisien titre en « une » : « La guerre anti-tags ». Mais préfère laisser la vindicte au « bon peuple » interrogé dans la rue : « De l’art, ce barbouillage immonde ? s’interroge un retraité. Dites plutôt que c’est du vandalisme pur et simple ! […] Ces vandales méritent la prison, point final » ; « Ce genre de saloperies, reprend une autre retraitée, c’est tout sauf de l’art ! Bravo l’image de la France, bientôt, Paris sera une véritable poubelle ! […] Ces voyous méritent la prison, ni plus ni moins » ; « Non seulement c’est très laid, livre un serveur, mais en plus, ce sont les contribuables qui doivent payer les dégâts » ; « Les taggers qui se défoulent dans le métro ne sont pas des artistes », dit un étudiant.

La Croix rapporte que « ce regain des « tags » alimente une polémique avec le ministre de la culture Jack Lang, implicitement accusé par la RATP d’avoir introduit les « taggers » jusqu’au musée national des Monuments français » (13/01/1992). Le Figaro magazine, dans un dossier intitulé « Tags : le ras-le-bol » (18/01/1992), attaque le ministre : « Cinq stations de métro maculées en une nuit : le dernier coup des ”taggers” parisiens souligne une fois de plus l’impuissance (et la complaisance) des autorités. […] ”Sortir le musée de son ghetto“. Tel était le vœu de Jack Lang, qui a finalement trouvé plus simple de faire entrer le ghetto au musée. […] l’actuelle Expo-Graf contribue beaucoup à l’excitation des ambitions artistiques des taggers du métro parisien. […] le tag, appropriation par quelques-uns du bien de tous, n’est-il pas, après tout, la négation de l’idéologie socialiste ? » Enfin, sur FR3, on entend : « Le tag est un fléau, c’est ce qu’affirment deux conseillers RPR de Paris, les deux élus s’en prennent à l’exposition de graffiti au Trocadéro et s’étonnent que cette pratique soit encouragée par l’État. » (17/01/1992)

La RATP confie l’enquête au Commissariat des réseaux ferrés parisiens, les agents qui ont arrêté les jeunes du mois de mai. Ils font savoir qu’ils sont sur une bonne piste[26].

Les journalistes aussi s’y mettent. Comme Le Figaro qui envoie un journaliste « enquêter » en banlieue. Il en revient avec un « scoop » : « Les tagueurs qui ont souillé cinq stations de métro appartiendraient à une bande de Saint-Denis » (14/01/1992). Du côté de France Soir, on n’enquête plus, on « chasse » : « La chasse aux taggers du métro est ouverte » (14/01/1992). Et continue le lendemain : « Surprise dans la chasse aux taggers. Après l’opération bombage du métro Louvre et de quatre autres stations ce week-end à Paris, les enquêteurs du service des réseaux ferrés parisiens ont décrypté les signatures du commando barbouilleur. […] Quatre « jeunes blancs-becs » qui n’ont rien à voir avec les banlieues défavorisées. Ils habitent chez leurs parents, dans le IVe arrondissement de Paris, et pratiquent le tag plus par défi que par révolte ».

Mais c’est Le Parisien, peut-être sur une meilleure « piste » (banlieue ? quartier chic de Paris ?), qui met la main sur les writers du Louvre le week-end suivant, le 18 juin : « “Le Parisien” les a retrouvés et les a suivis ce week-end dans le métro ». Le journal publie son papier le lundi 20 janvier. La piste avait été donnée par une consœur de Canal +, qui travaillait déjà à une rencontre entre Jean-Luc Delarue et les writers pour « La Grande Famille ». Ce qui a permis au journaliste du Parisien de précéder de quelques heures la Police, puisqu’il assiste à l’arrestation, sur un quai de métro, par « cinq hommes, les menottes dans les mains, prêts à intervenir. »

L’expérience socialiste a échoué. Jack Lang se défend en dénonçant l’« amalgame inacceptable » que font ses accusateurs. Un sondage d’opinion est effectué à Paris : « Ressentez-vous les graffiti et les tags comme une nuisance aussi grave que l’insécurité et les agressions ? » Deux tiers des sondés répondent par l’affirmative[27].

 

Ainsi en est-on arrivé en quelques années à un véritable « débat de société ». Le graffiti writing s’est développé entièrement. La RATP, mais aussi la SNCF, les mairies de la région parisienne, la préfecture, l’État, ont essayé de nettoyer, réprimer, prévenir, communiquer… En réponse, les writers ont radicalisé leur pratique.

Certains d’entre eux, peut-être même la majorité d’entre eux, recherchent une certaine forme de notoriété, d’abord, puis de célébrité. À l’instar des jeunes « rappeurs » qui sont passés dans le même temps des ondes underground de Radio Nova aux industries du disque, les writers, aussi, peuvent être « achetés ». Par la bourgeoisie de gauche, des têtes bien pensantes de la « CULture », des intellectuels névrosés, des anthropologues même !

Et qu’est-ce qu’ils crient, « rappent », « taguent », ces jeunes ? La révolte d’une génération. Stigmatisée systématiquement comme « banlieusarde » ou « jeunesse défavorisée » par les médias dominants – à preuve, Le Parisien, encore : « Ce n’est pas par hasard si les tags sont omniprésents à Stains, Pierreffitte ou La Courneuve et rares à Neuilly » (25/03/1992). Même Yves Montand joue dans un film mettant en scène deux jeunes d’une cité, dont le plus vieux est un writer aguerri (IP5, 1992). Jeunes de banlieue, délinquance, « insécurité »… Rappelons tout de même qu’en 1992 la préfecture de police a réalisé une étude sur le profil des writers. Résultats : ils ne provenaient pas plus des banlieues défavorisées que des quartiers aisés de Paris.

 

« L’insurrection par les signes » ne viendra pas

Arrêtons là, pour conclure, cette observation de la chronologie. Revenons à la parodie du Grand Palais.

Que peut bien signifier une exposition comme celle de la collection Gallizia ? Qui apparaît sous un ministère sarkozyste. Le « radical chic » de Jack Lang a-t-il trouvé des adeptes dans une droite dure ? En presque vingt ans, la droite dure s’est-elle « ouverte » de la même façon que la gauche branchée aux « phénomènes de banlieue » ? Évidemment, non. Cette exposition est la consécration d’un contrôle socio-culturel, auquel la gauche et la droite, à vrai dire, ont travaillé côte à côte.

D’un côté, le discours portait sur le « tag » comme un phénomène de « délinquance », « vandalisme », bien sûr circonscrit aux « banlieues » ; et de l’autre, sur le « graffiti » comme d’un phénomène d’« art », de « street art », que l’on devait ranger dans les galeries et musées. En réalité, le graffiti writing n’était ni l’un ni l’autre de ces phénomènes. Il ne se réduisait ni à sa redéfinition sociale – « issu des banlieues » –, ni à sa récupération culturelle – par la bourgeoisie de l’art.

L’exposition au Grand Palais, qui se targue d’amener le graffiti writing à la « reconnaissance », n’est qu’une consécration de ce contrôle socio-culturel achevé.

Certes, des expositions sont ouvertes. Un musée récemment, dans le XIXe arrondissement de Paris, a été inauguré. Les mairies disposent de services « cultures urbaines », ou prévoient en tout cas un budget pour ces nouvelles expressions. Elles commandent des fresques aux associations. Libèrent des espaces pour que les writers « bombent » légalement. Organisent des ateliers. Promeuvent certains d’entre eux, comme Keymi à Clermont-Ferrand, devenu une « célébrité » locale grâce aux contrats passés avec la ville, les transports… Mais qu’en est-il vraiment ?

Le premier constat repose sur la comparaison entre les budgets alloués au nettoyage massif des murs et ceux allant à la « CULture ». À Lille par exemple, la mairie dépense trois fois plus d’argent pour nettoyer les murs que pour permettre aux jeunes writers de peindre librement, comme elle le revendique. C'est-à-dire que dans la rue, on continue de censurer un « art » que l’on prétend promouvoir… les grandes campagnes de « lutte anti-tag » dont le but avoué est d’« éradiquer » le graffiti writing, tendant avant tout à tarir sa « source », la rue. Drôle de paradoxe.

À côté de cela, il y a le constat de la répression. En 2009, la pratique du graffiti writing s’avère lourdement sanctionnée. Amende, TIG, prison même. Ajouté au comportement des équipes de police, la nuit, qui n’hésitent pas à frapper, et dégainer leurs armes pour simple fait de graffiti. Sinon comment expliquer que des jeunes se jettent dans la Seine, et y laissent leur vie, pour semer une équipe de BAC en chasse ? La répression à l’encontre du graffiti writing est démesurée. Car les enjeux pour le contrôle, l’emprise de l’espace public, sont énormes.

À ce sujet Emmanuel Moyne, avocat de Paris[28], expliquait dans un entretien accordé à La Brique que « La question de la censure est particulièrement préoccupante, parce qu’elle s’inscrit dans les problématiques essentielles des libertés fondamentales d’expression et d’information. » Et c’est aussi l’appropriation de l’espace urbain qui en est interdit. Ou du moins payant. Puisqu’il suffit de s’acheter un espace publicitaire. Il suffit de payer pour écrire quelque chose sur les surfaces urbaines. La notion même d’espace public est remise en cause. On peut considérer l’espace urbain comme un espace privatisé. Et le graffiti writing comme son vol.

Le « support » urbain n’est d’ailleurs pas le seul à être privatisé. Son nettoyage, plutôt son « aseptisation », a largement profité à un certain nombre d’entrepreneurs. Dynamiques, jeunes, dès la fin des années 1980, ils ont vu dans l’éclosion du graffiti writing une véritable aubaine se dessiner : inventant de nouveaux produits pour protéger et nettoyer, diligentant des équipes de nettoyeurs efficaces, aux techniques efficaces, concluant des contrats avec les collectivités locales, le marché de l’aseptisation des murs urbains a explosé durant les années 1990.

En ce sens, il est assez cocasse de voir une personne comme Laurence Parisot se faire photographier lors de l’exposition Gallizia, et acheter la toile d’un ancien « vandale ». Car ce qu’on oublie, avec toutes ces paillettes, c’est la précarisation des salariés de la « lutte anti-tag » que certains patrons ont instaurée depuis l’apparition du phénomène. De façon synchronique, plusieurs mouvements de grèves ont été menés durant les années 1980, en même temps que le développement du phénomène, par les syndicats de nettoyeurs de la RATP, travaillant pour la société COMATEC.

Notamment au début de l’année 1989 : « Dans le conflit actuel, les grévistes reprochent à la direction de la COMATEC d’être revenue sur ces engagements d’alors [pris lors des grèves précédentes, 1982 et 1985]. Le recours au travail temporaire, devenu systématique, est au cœur du différend, […], les salariés y voyant la menace d’une précarité volontairement entretenue. Sur ce point, contesté, intervient en toile de fond un phénomène de société. Depuis l’automne, le réseau RATP est envahi par une épidémie de “TAG”, ces graffitis personnalisés à la façon d’une signature qui maculent les rames, les panneaux de faïence et les couloirs. A la demande de la Régie, une équipe de cinquante-sept intérimaires a été recrutée en janvier pour répandre le “TAGVRAG” sur les armoires et les murs, un diluant antigraffiti. En février, une deuxième équipe de soixante intérimaires a été chargée de nettoyer les trains. […] les mêmes effectifs sont peut-être utilisés aujourd’hui pour nettoyer les stations de métro, au mépris de la loi, s’inquiètent les grévistes. »[29]

Aujourd’hui, plus aucune grève. Les nettoyeurs spécialistes des graffiti se sont pliés aux lois du marché[30]. Le graffiti writing nous est vendu sur toiles. Acheté par la présidente du MEDEF. Parrainé par la droite dure et répressive.

On est en mesure d’affirmer que « l’insurrection par les signes », décrite par un des premiers observateurs du graffiti writing new-yorkais, Jean Baudrillard, ne viendra pas. Lui qui expliquait en 1976 que le phénomène était né « après la répression des grandes émeutes urbaines de 66/70. Offensive sauvage comme les émeutes, mais d’un autre type et qui a changé de contenu et de terrain. Type nouveau d’intervention sur la ville, non plus comme lieu du pouvoir économique et politique, mais comme espace/temps du pouvoir terroriste des media, des signes et de la culture dominante. »

Et affirmait très justement : « Insurrection, irruption dans l’urbain comme lieu de la reproduction et du code – à ce niveau, ce n’est plus le rapport de forces qui compte, car les signes ne jouent pas sur de la force, mais sur de la différence, c’est donc par la différence qu’il faut attaquer – démanteler le réseau des codes, des différences codées par de la différence absolue, incodable, sur laquelle le système vient buter et se défaire. Pour cela il n’est pas besoin de masses organisées, ni d’une conscience politique claire. Il suffit d’un millier de jeunes armés de markers et de bombes à peinture pour brouiller la signalétique urbaine, pour défaire l’ordre des signes. Les graffiti recouvrant tous les plans de métro de New York comme les Tchèques changeant les noms des rues de Prague pour dérouter les Russes : même guérilla. »[31]

En milieu urbain, le graffiti writing est né en « brouillant » les codes établis. Sans véritable conscience politique, tous les writers du monde entier ont subi d’une manière ou d’une autre une répression. Au fil du temps, ils ont fait l’objet d’une récupération, d’un contrôle socio-culturel, d’une censure.

Aujourd’hui le phénomène est en grande partie assujetti aux codes dominants.

Aux pouvoirs politique et économique.

Consécration, l’expo Gallizia ? Oui, consécration d’une « contre-insurrection », parfaitement réussie. •


[1] W. P. Mac Lean, « Graffiti » in Encyclopaedia Universalis, tome VII.

[2] Dans laquelle se retrouvent graffiti politiques, d’enfants, obscènes, etc.

[3] On se concentre ici sur la société française, mais le schéma de cette redéfinition est partout le même.

[4] Pour exemple à la mairie de Lille, ce budget a été multiplié par trois en dix ans. Sans résultat. Voir « Les murs vous racontent », La Brique n° 9.

[5] Cité par L’Événement du jeudi, 15-21/12/1988.

[6] Sydney Duteil (présentateur) et G. Cotto (réalisateur), Hip Hop, Variétés et Divertissements, TF1, le dimanche à 14h20, du 14/01/1984 au 19/12/1984. Cette émission était surtout dédiée à la danse.

[7] P. Cuvelier, « Graffiti non stop 1 », 27/10/1981, « Graffiti non stop 2, American graffiti : Tag », 28/10/1981, « Graffiti non stop 3, Fab Five and rap », 29/10/1981.

[8] L. Willems, « L’odyssée du graffiti », supplément, 22-23/04/1984.

[9] Cité par Dee Nasty in Graff it, hors série « Langage de rue », p.26, N°1, 10/2001.

[10] Cité par D. Riout, D. Gurdjan, J.-P. Leroux, Le livre du Graffiti, Paris, Alternatives, 1985.

[11] L’Événement du jeudi, art. cit.

[12] « La lutte anti-graffiti », Information presse RATP, 03/1989.

[13] Ibid. Chiffres auxquels on peut ajouter 36 000 m² de surfaces nettoyées à Paris en 1984, 45 500 en 1986, 108 587 en 1987, « Les graffiti à Paris » in Liaisons (revue de la préfecture de police), 09/10/1988, n° 289.

[14] Voir à ce sujet l’usage qu’un quotidien comme La Voix du Nord fait du Graffiti writing, « La Voix du Nord ou l’info stéréotypée », La Brique n° 9.

[15] « Les graffiti à Paris » in Liaisons, art. cit.

[16] « Les zoulous font la bombe », Le Nouvel Observateur, N°1250, 21-27/10/1988 ; « Enquête au pays des zulus », Le Point, N°840, 24/10/1988.

[17] « Métro sans classes », Le Monde, 05/04/1991.

[18] Propos recueillis par Alain Million, « Tag, graff, rap : autres formes de communication urbaine » in Urbanisme, N°299, 03-04/1998, p.43.

[19] « La facture du tag au métro Louvre : 500 000 francs. », 03/05/1991.

[20] « Station Louvre : les dégâts sont irrémédiables ! », 03/05/1991.

[21] « Station Louvre : l’art taggé », 03/05/1991.

[22] Pour ce paragraphe, je me base exclusivement sur le documentaire de M.-A. Vecchione, Writers 20 ans de graffiti à Paris, Résistance Film, 2004.

[23] « Les “taggers“ de la station Louvre ont été interpellés », Le Monde, 21/06/1991.

[24] Ce n’était pas la première fois qu’une personne était incarcérée pour graffiti, mais la première concernant le Graffiti writing, voir D. Riout, D. Gurdjan, J.-P. Leroux, op. cit., p. 107 et M.-A. Vecchione, op. cit.

[25] Le Monde, 14/01/1992.

[26] AFP, 13/01/1992.

[27] Le Monde, 02/03/1992.

[28] Qui a défendu entre autres le magazine de graffiti Graff it ! dans le procès que la SNCF avait intenté.

[29] Le Monde, 7/03/1989.

[30] Pour donner une idée de la flexibilité que le marché impose actuellement à ces salariés, voir « Stop-Toujours ! », La Brique n°9.

[31] « Kool Killer ou l’insurrection par les signes », L’échange symbolique et la mort, Paris, Gallimard, 1976.

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